Le Portugal n’est pas « fini » pour les retraités français : il reste un pays de la zone euro, accessible, doté d’un système de santé public et d’un marché immobilier très contrasté selon les villes et le littoral. En revanche, la fermeture du régime des résidents non habituels aux nouveaux arrivants, depuis le 1er janvier 2024 hors régimes transitoires, a supprimé une part essentielle de son avantage comparatif pour les pensions étrangères.
Le titre évoque une nouvelle destination européenne « élue meilleure », sans désigner ni le pays, ni le palmarès, ni les critères retenus. Cette formule ne permet donc pas d’établir un fait vérifiable. Un classement d’expatriés peut mesurer le climat ou le coût de la vie ; il ne dit presque rien de l’impôt réellement dû par un couple français, de la qualité des soins à proximité de son logement, de la transmission ou de la liquidité d’un bien.
Pour un retraité, la bonne alternative au Portugal n’est pas un pays universellement gagnant, mais celui qui concilie revenus nets, besoins de santé, budget immobilier, liens familiaux et projet patrimonial. La Grèce, l’Italie, l’Espagne et Chypre reviennent souvent dans les comparaisons européennes, chacune avec des règles fiscales et des risques immobiliers très différents.
Pourquoi le Portugal attire-t-il moins les nouveaux retraités ?
Pendant plusieurs années, le régime portugais des résidents non habituels, souvent appelé RNH, a concentré l’attention des candidats à l’expatriation. Son intérêt variait selon la nature et la date des revenus, mais il pouvait améliorer fortement le traitement de certaines pensions et revenus étrangers. Il ne faut pas le confondre avec un droit automatique à ne pas payer d’impôt : les conventions fiscales, le type de pension et la situation familiale restaient déterminants.
Pour les personnes qui deviennent résidentes fiscales portugaises à compter de 2024, le RNH n’est plus accessible, sauf dispositifs transitoires stricts. Le régime d’incitation à la recherche scientifique et à l’innovation qui lui a succédé vise des activités professionnelles qualifiées ; il n’est pas un régime de retraite. Un nouveau résident est donc, en principe, imposé au Portugal sur ses revenus mondiaux selon les règles ordinaires, sous réserve de la convention fiscale applicable avec la France.
L’autre changement est immobilier. Dans les zones les plus demandées, le prix d’acquisition, la tension locative et les coûts d’entretien peuvent altérer le budget espéré. Un bien acheté pour y vivre doit être évalué comme une résidence, non comme une promesse de rendement : accessibilité hors saison, proximité d’un hôpital, copropriété, humidité, isolation thermique, risques de feu ou d’inondation et revente comptent davantage que la vue ou la proximité d’une plage.
Une destination « élue meilleure » est-elle un critère de décision fiable ?
Non, pas seule. Le mot « meilleure » n’a de sens qu’avec une méthode : meilleure pour quel profil, à quel niveau de patrimoine, dans quelle ville, avec quelle couverture sociale et quelle durée de séjour ? Un classement reposant sur l’avis de salariés internationaux peut être peu pertinent pour un ménage retraité propriétaire de son logement, dépendant de soins réguliers et percevant des revenus principalement français.
Pour comparer utilement, mettez les pays en concurrence sur cinq données mesurables : le revenu disponible après impôts, le coût réel d’un logement adapté, l’accès aux médecins et aux hôpitaux, la simplicité administrative et la protection du conjoint survivant. Ajoutez un sixième facteur souvent négligé : la possibilité de revenir vivre en France sans devoir vendre dans l’urgence un bien difficile à céder.
Portugal ou autre pays méditerranéen : le bon arbitrage
Rester sur le Portugal
- Zone euro, cadre familier et communautés francophones présentes
- Régime fiscal ordinaire pour les nouveaux retraités, sauf cas transitoire
- Marchés très tendus dans certains secteurs côtiers et urbains
- Pertinent si le lieu de vie et le réseau local priment sur l’optimisation fiscale
Comparer d’autres destinations
- La Grèce, l’Italie ou Chypre ont des régimes spécifiques sous conditions
- L’Espagne offre de nombreux services, avec une fiscalité patrimoniale à examiner région par région
- Démarches fiscales, sanitaires et d’achat différentes selon le pays
- Pertinent si le gain net compense réellement l’apprentissage et l’éloignement
Quels pays européens comparer avec le Portugal pour sa retraite ?
La Grèce constitue une option à étudier pour les titulaires de pensions étrangères. Elle prévoit un régime à taux forfaitaire de 7 % sur les revenus de pension de source étrangère pendant quinze ans, sous conditions, notamment de non-résidence fiscale grecque au cours d’une partie des années antérieures. Ce dispositif ne dispense ni de transférer effectivement sa résidence fiscale, ni de respecter les formalités et délais locaux. Son application doit être validée à la date de votre départ.
L’Italie a également un mécanisme de 7 % applicable, pendant dix ans, à certains retraités percevant une pension étrangère qui s’installent dans des communes éligibles du Sud. Le choix de la commune ne doit pas être réduit au taux d’imposition : accès aux soins, état du bâti ancien, aléas sismiques selon les territoires, transports et succession imposent une analyse locale. La résidence dans une grande ville italienne ne donne pas nécessairement accès à ce régime.
L’Espagne est souvent choisie pour son offre de services, ses infrastructures et la variété de ses territoires. Mais elle ne doit pas être assimilée à une destination fiscalement simple. L’impôt sur le revenu, les règles régionales, les prélèvements patrimoniaux et l’imposition des actifs peuvent produire des résultats très différents entre communautés autonomes. Le régime des impatriés ne constitue pas une réponse générale pour un retraité vivant de pensions.
Chypre offre, pour certaines pensions étrangères, un choix entre imposition ordinaire et taxation à 5 % au-delà d’un seuil annuel de 3 420 €, montant et conditions à vérifier à la date de lecture. L’île peut convenir à un profil mobile et anglophone, mais l’éloignement de la France, le marché local, l’insularité et la concentration des services médicaux doivent entrer dans le calcul.
| Pays | Atout à examiner | Fiscalité des pensions | Immobilier | Point de vigilance |
|---|---|---|---|---|
| Portugal | Cadre de vie et zone euro | Régime ordinaire pour nouveaux entrants | Écarts forts selon les zones | Fin du RNH hors transition |
| Grèce | Régime dédié possible | Forfait de 7 % sous conditions | Offre hétérogène | Soins et services selon la ville |
| Italie | Régime Sud possible | Forfait de 7 % sous conditions | Bâti ancien fréquent | Éligibilité de la commune |
| Espagne | Services et proximité | Règles ordinaires et régionales | Marchés locaux très variés | Fiscalité patrimoniale |
| Chypre | Option sur pensions étrangères | 5 % au-delà d’un seuil, sous conditions | Marché insulaire | Éloignement et santé |
Comment calculer le vrai coût fiscal et social d’une expatriation ?
Commencez par séparer les revenus en catégories : retraite de base et complémentaire, pension issue de la fonction publique, assurance-vie, dividendes, plus-values, loyers d’un bien français et revenus d’activité éventuels. La convention fiscale franco-locale attribue le droit d’imposer différemment selon cette nature. Les pensions publiques, notamment, obéissent fréquemment à une règle différente des pensions privées. Ne déduisez jamais une conclusion d’un taux forfaitaire étranger sans cette ventilation.
La résidence fiscale française ne se perd pas par une simple déclaration de départ. L’administration regarde notamment le foyer, le lieu de séjour principal, l’activité professionnelle et le centre des intérêts économiques. Le seuil de 183 jours est un indicateur courant, mais il ne neutralise pas les autres critères. En cas de double résidence, la convention fiscale prévoit des règles de départage, fondées notamment sur le foyer permanent et le centre des intérêts vitaux.
Côté santé, un retraité affilié au régime français qui s’installe dans un autre État de l’Union européenne peut, dans certaines situations, demander le formulaire S1 pour s’inscrire dans le système de santé du pays de résidence. Les droits dépendent de la situation de retraite, du pays de résidence et de la réglementation en vigueur. Le S1 ne remplace pas une vérification des délais de prise en charge, des complémentaires et de l’accès réel aux spécialistes dans la commune choisie.
Enfin, l’expatriation ne fait pas disparaître tout lien fiscal avec la France. Les revenus immobiliers provenant d’un bien situé en France restent en principe imposables en France, avec des modalités précisées par la convention. L’impôt sur la fortune immobilière peut également concerner l’immobilier français d’un non-résident. Pour un patrimoine diversifié, un conseil fiscal franco-local est un coût de sécurisation, non une formalité superflue.
Peut-on acheter un logement avant de devenir résident fiscal ?
Oui, dans la plupart des pays européens, mais acheter n’est pas s’installer. Un citoyen français bénéficie de la libre circulation au sein de l’Union européenne ; pour un séjour de plus de trois mois, il peut toutefois devoir accomplir des formalités d’enregistrement et démontrer qu’il dispose de ressources suffisantes ainsi que d’une couverture maladie. Les règles ne sont pas les mêmes pour les ressortissants hors UE ou pour les membres de leur famille qui n’ont pas la nationalité européenne.
L’achat exige un identifiant fiscal local et des contrôles documentaires. Au Portugal, il s’agit notamment du NIF ; en Espagne, du NIE ; en Grèce, de l’AFM ; en Italie, du codice fiscale. Ces numéros ne prouvent ni la résidence fiscale ni l’éligibilité à un régime de faveur. Leur obtention peut être confiée à un mandataire, mais elle ne doit pas conduire à signer sans analyse indépendante.
Faites examiner le titre de propriété, les inscriptions au registre, les dettes de copropriété, les autorisations d’urbanisme, la conformité des extensions, le classement énergétique et les servitudes. Dans les immeubles anciens ou touristiques, demandez les procès-verbaux d’assemblée, le budget des travaux votés et les charges réelles. Le notaire ou juriste qui vérifie l’acte doit défendre vos intérêts, pas seulement ceux de l’intermédiaire qui commercialise le bien.
Quelle méthode suivre avant de quitter la France pour sa retraite ?
La décision devient plus robuste lorsqu’elle est prise dans l’ordre inverse de celui des brochures immobilières : d’abord le statut personnel et le budget, ensuite le territoire, enfin le logement. Une location de plusieurs mois, idéalement hors de la saison touristique, révèle ce qu’une visite de trois jours ne montre pas : bruit, chauffage, services, transports, humidité, voisinage et disponibilité médicale.
La démarche en cinq étapes
Inventoriez tous vos revenus
Distinguez les pensions publiques et privées, loyers, placements, plus-values latentes et patrimoines immobiliers français ou étrangers.
Établissez deux budgets annuels
Calculez votre net après impôts et dépenses dans chaque pays, avec une marge pour santé, voyages, aide à domicile et change éventuel hors zone euro.
Séjournez en location longue durée
Testez le quartier en hiver ou hors saison et mesurez les temps d’accès à un médecin, un hôpital, des commerces et un aéroport.
Faites valider la résidence fiscale
Consultez un fiscaliste connaissant la convention entre la France et le pays choisi avant de déplacer vos avoirs ou de signer un compromis.
Achetez seulement après les vérifications
Mandatez un professionnel indépendant pour l’audit juridique, urbanistique, technique et des charges du bien.
Le meilleur pays est donc rarement celui qui affiche le taux le plus bas ou qui arrive en tête d’un palmarès. Pour un couple aux revenus stables et au patrimoine immobilier français, le bon choix est celui qui reste viable si la santé se dégrade, si l’un des conjoints décède ou si un retour en France devient nécessaire. C’est à cette épreuve que se mesure la qualité d’une expatriation.
Questions fréquentes sur la retraite au Portugal et en Europe
Le Portugal est-il encore intéressant pour prendre sa retraite ?
Quel pays européen taxe les pensions des retraités à 7 % ?
Puis-je devenir non-résident fiscal français en vivant moins de 183 jours en France ?
Est-ce que le formulaire S1 couvre mes soins si je pars vivre en Espagne ou au Portugal ?
Faut-il acheter ou louer avant de s’installer à l’étranger ?
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