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Immobilier : chute vertigineuse des prix des maisons énergivores

Les maisons énergivores se vendent moins cher lorsque le coût des travaux, le risque réglementaire et le financement réduisent le nombre d’acheteurs capables de les acquérir, mais aucune décote automatique ne s’applique.

Diagnostic de l’isolation dans les combles d’une maison ancienne avant un projet de rénovation énergétique.
Diagnostic de l’isolation dans les combles d’une maison ancienne avant un projet de rénovation énergétique.

Une maison classée F ou G au DPE ne se négocie plus comme une maison simplement « à rafraîchir ». L’acheteur doit désormais intégrer des factures d’énergie élevées, un programme de rénovation parfois lourd, un accès au crédit plus exigeant et, s’il envisage de louer, une échéance réglementaire immédiate ou proche. Ces contraintes réduisent le nombre d’acquéreurs solvables : c’est le principal moteur de la baisse des prix des maisons énergivores.

La chute peut être très nette sur certains biens, notamment les grandes maisons mal isolées chauffées au fioul, au gaz ancien ou à l’électricité par convecteurs. Elle n’est toutefois ni automatique ni identique partout. Une maison F bien située, saine et facile à rénover peut conserver des acheteurs ; une maison G aux désordres multiples peut rester longtemps sans offre. Le prix pertinent se déduit d’une équation simple : valeur après rénovation, moins coût réel des travaux, aléas et contrainte de détention.

Pourquoi les maisons F et G perdent-elles plus de valeur ?

Le DPE est devenu une information économique, et pas seulement environnementale. Il influence les dépenses prévisibles de l’occupant, la possibilité de réviser un loyer, la durée pendant laquelle un investissement restera louable et le montant des travaux à engager. Pour une maison individuelle, le problème est souvent plus ample que pour un appartement : toiture, combles, planchers bas, murs, menuiseries, ventilation et chauffage peuvent être concernés simultanément.

Le marché ne retranche pas un pourcentage fixe selon la lettre du DPE. Il compare le bien à une maison déjà rénovée dans le même secteur, puis soustrait ce que l’acquéreur devra réellement supporter. Deux maisons G peuvent donc produire des écarts de prix opposés. La première peut atteindre D après une isolation des combles, une ventilation et un changement de chauffage. La seconde peut exiger une reprise de toiture, un traitement de l’humidité, une isolation complète et une redistribution intérieure : sa valeur d’usage et sa liquidité diminuent davantage.

Quelles règles font peser un risque sur les maisons énergivores ?

À la date de publication, le calendrier de décence énergétique concerne les locations situées en France métropolitaine. À compter du 1er janvier 2025, un logement classé G ne satisfait plus au niveau minimal de performance énergétique exigé pour être décent. Le calendrier vise ensuite les logements F en 2028 et E en 2034. Les règles applicables outre-mer et les dispositifs d’aide doivent être vérifiés à la date de lecture.

Calendrier réglementaire qui pèse sur la valeur locative d’une maison
DateBiens concernésConséquence principalePoint de vigilance
Depuis août 2022DPE F et GGel de la hausse des loyers en métropoleRévision et relocation encadrées
1er janvier 2025DPE GCritère de décence non satisfait en métropoleRisque majeur pour un projet locatif
1er janvier 2025Maison classée EAudit énergétique requis à la venteÀ remettre dès la première visite
1er janvier 2028DPE FCritère de décence non satisfait en métropoleTravaux à anticiper pour louer
1er janvier 2034DPE ECritère de décence non satisfait en métropoleHorizon plus lointain, mais déjà valorisé

Depuis avril 2023, la vente d’une maison individuelle ou d’un immeuble d’habitation en monopropriété classé F ou G exige un audit énergétique réglementaire. À compter du 1er janvier 2025, cette obligation s’étend aux biens classés E. L’audit présente des parcours de travaux, leur coût estimatif et le gain de performance attendu. Il n’oblige pas le vendeur à rénover avant la vente, ni l’acquéreur à suivre l’un de ses scénarios, mais il rend le coût de l’inaction visible dès la visite.

La vente d’une passoire thermique reste donc parfaitement légale. En revanche, pour un bailleur, l’acquisition d’une maison G suppose de pouvoir programmer et financer les travaux sans compter sur une mise en location immédiate durable. Le DPE est par ailleurs opposable depuis 2021 : une erreur peut avoir des conséquences, ce qui rend essentiel le contrôle des informations remises par le vendeur. Les DPE établis selon d’anciennes méthodes n’ont pas tous la même durée de validité ; leur validité doit être vérifiée avant le compromis.

Comment calculer le juste prix d’une maison à rénover ?

La méthode la plus robuste consiste à partir de références de ventes ou d’annonces réellement comparables pour une maison rénovée : même quartier, même surface habitable, terrain, état structurel et qualité d’usage. Cette valeur théorique n’est qu’un point de départ. Il faut en soustraire le programme de travaux toutes taxes comprises, les honoraires de maîtrise d’œuvre s’ils sont nécessaires, les frais techniques, une marge pour imprévus et le coût d’immobilisation du bien.

Les postes à intégrer dans l’offre d’achat
PosteQuestion à poserJustificatif utileEffet sur le prix
Enveloppe du bâtiToiture, murs et planchers sont-ils isolables ?Factures, sondages, devisTravaux et aléas
Chauffage et eau chaudeL’équipement est-il en fin de vie ?Âge, entretien, consommationsRemplacement à budgéter
VentilationUne VMC fonctionnelle existe-t-elle ?Rapport de contrôle, visiteQualité d’air et performance
Électricité et structureLes réseaux et le gros œuvre sont-ils sains ?Diagnostics, devis spécialisésRisque non énergétique
UrbanismeLa façade ou les volumes peuvent-ils être modifiés ?PLU, mairie, architecteFaisabilité et délais
FinancementLe prêt couvre-t-il achat et travaux ?Simulation bancaireCapacité d’offre

Les devis doivent être comparables : même niveau de finition, mêmes surfaces, évacuation des déchets, adaptation électrique, ventilation et reprises intérieures incluses. Une isolation par l’intérieur peut sembler moins coûteuse, mais elle réduit parfois la surface et impose de déplacer réseaux, radiateurs ou cuisines. Une isolation par l’extérieur peut nécessiter une déclaration préalable et être limitée dans un secteur protégé. Dans les deux cas, le prix ne se résume pas au seul isolant.

Quels travaux permettent réellement de sortir d’une passoire thermique ?

L’ordre des travaux compte. Installer une pompe à chaleur dans une maison dont les combles, murs et planchers laissent échapper la chaleur peut produire un résultat décevant, un équipement surdimensionné et des factures qui restent élevées. La priorité est généralement de sécuriser le bâti et les infiltrations d’eau, d’améliorer l’enveloppe thermique, de traiter la ventilation, puis de dimensionner le chauffage et la production d’eau chaude.

La démarche avant de lancer une rénovation énergétique

  1. Vérifier les données de départ

    Contrôlez le DPE, les factures d’énergie, le mode de chauffage, l’état de la toiture et les travaux déjà réalisés. Une visite avec un professionnel du bâtiment peut révéler des désordres invisibles.

  2. Lire l’audit sans le prendre pour un devis

    Comparez ses scénarios avec vos usages et avec la configuration réelle. Les gains annoncés sont des projections conventionnelles, non une garantie de consommation.

  3. Faire chiffrer un bouquet cohérent

    Demandez plusieurs devis détaillés incluant isolation, étanchéité à l’air, ventilation, chauffage, électricité et finitions induites.

  4. Vérifier les autorisations et les aides

    Consultez le PLU, la mairie et, si nécessaire, l’architecte des Bâtiments de France. Vérifiez les conditions d’aides avant signature des devis, notamment les exigences de qualification des entreprises.

  5. Planifier le financement et le chantier

    Prévoyez une réserve pour aléas, des appels de fonds et, pour un investissement locatif, la période sans loyer pendant les travaux.

Les aides à la rénovation, les conditions de ressources, les gestes éligibles et les règles de cumul évoluent régulièrement. Elles ne doivent pas être déduites du prix d’achat tant que l’éligibilité n’est pas confirmée pour le projet précis, avant tout engagement. Un ménage occupant, un bailleur et un investisseur qui revend rapidement n’ont ni le même reste à charge ni le même intérêt économique.

Faut-il acheter une maison énergivore pour y vivre ou pour la louer ?

Le même bien F ou G n’a pas le même risque selon votre projet

Acheter pour y habiter

Un projet d’usage et de confort
  • La location n’est pas concernée par le calendrier de décence.
  • Les dépenses d’énergie et le confort restent un enjeu immédiat.
  • Les travaux peuvent être réalisés progressivement si le bâti est sain.
  • Le prix doit financer les nuisances, délais et travaux à venir.

Acheter pour louer

Un projet soumis au rendement et au calendrier
  • Une maison G ne peut plus être louée en métropole à partir du 1er janvier 2025.
  • Le gel des loyers F et G réduit la marge de manœuvre avant travaux.
  • Les travaux et la vacance locative doivent entrer dans le rendement.
  • La capacité à atteindre une classe compatible avec la location est décisive.

Pour un investisseur, le rendement ne doit jamais être calculé sur un loyer théorique immédiatement encaissé si le logement nécessite une rénovation. Il faut intégrer les intérêts intercalaires, la vacance, les frais de gestion, la taxe foncière, l’assurance, les travaux non énergétiques et la fiscalité du régime choisi. En location nue, certaines dépenses d’entretien, de réparation ou d’amélioration peuvent être déductibles des revenus fonciers sous conditions, tandis que les dépenses de construction, reconstruction ou agrandissement ne le sont pas : la qualification comptable doit être vérifiée.

Le financement est l’autre filtre. La banque apprécie le coût global de l’opération, pas seulement le prix affiché. En pratique, elle examine l’apport, le reste à vivre, les mensualités incluant l’assurance et le budget travaux. Les règles de référence du crédit immobilier encadrent généralement le taux d’effort autour de 35 % et la durée autour de 25 ans, sous réserve des exceptions et règles en vigueur. Un acquéreur qui ne peut pas financer la rénovation ne compensera pas ce risque par une simple offre basse.

Comment sécuriser une négociation avant de signer le compromis ?

Le vendeur doit remettre le dossier de diagnostic technique ; pour les biens concernés, l’audit énergétique doit pouvoir être consulté dès la première visite. Demandez ces documents avant de formuler une offre et ne vous contentez pas de la lettre DPE figurant dans l’annonce. Vérifiez que l’adresse, la surface, les équipements et les isolants déclarés correspondent à la maison visitée. Les factures de travaux, photographies de chantier et attestations d’entretien sont souvent plus instructives qu’une promesse orale.

Une offre bien argumentée n’invoque pas une « décote passoire » abstraite. Elle détaille les travaux nécessaires, s’appuie sur des devis et explique l’écart avec les maisons rénovées comparables. Si le financement inclut les travaux, faites inscrire une condition suspensive de prêt adaptée au coût total de l’opération. Une visite complémentaire avec une entreprise, un maître d’œuvre ou un professionnel indépendant avant le compromis peut éviter de découvrir trop tard une charpente dégradée, une humidité structurelle ou une installation électrique à reprendre.

Questions fréquentes sur le prix des maisons énergivores

Quel rabais demander pour une maison classée G ?
Il n’existe pas de rabais légal ni de pourcentage valable partout. Partez du prix des maisons rénovées comparables dans le secteur, puis retranchez les travaux chiffrés, une réserve pour imprévus, les frais induits et le coût de la période de chantier. Une maison G simple à rénover ne se négocie pas comme une maison G touchée par l’humidité ou la toiture.
Peut-on encore vendre une maison classée G en 2025 ?
Oui. La vente d’une maison classée G reste autorisée. En revanche, en France métropolitaine, elle ne satisfait plus au critère de décence énergétique requis pour la location à compter du 1er janvier 2025. Le vendeur d’une maison F ou G doit aussi fournir un audit énergétique réglementaire dès la première visite.
Un acheteur est-il obligé de faire les travaux prévus dans l’audit énergétique ?
Non. L’audit énergétique informe l’acheteur sur des scénarios de rénovation et leurs gains théoriques ; il ne lui impose pas de réaliser les travaux proposés. Mais s’il achète pour louer, il devra atteindre le niveau de décence énergétique applicable au moment de la mise en location ou du renouvellement du bail.
Le DPE peut-il être contesté avant l’achat d’une maison ?
Oui, surtout si les données semblent incohérentes avec le bien : surface, énergie, chauffage, isolation ou ventilation. Demandez le rapport complet et les justificatifs du vendeur. Vous pouvez solliciter un diagnostiqueur certifié pour une contre-analyse. Depuis 2021, le DPE est opposable, ce qui renforce l’intérêt de le vérifier avant le compromis.
Est-il rentable d’acheter une passoire thermique pour la louer ?
Cela peut l’être seulement si le prix d’achat, les travaux, le financement et la vacance locative laissent un rendement cohérent après rénovation. Une maison G achetée pour louer exige un calendrier de travaux immédiat en métropole. Calculez le projet sans loyer pendant le chantier et sans supposer des aides non encore confirmées.

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