Un acquéreur fait l’acquisition d’un terrain classé constructible au plan local d’urbanisme, obtient un permis de construire en bonne et due forme, et découvre en cours de chantier qu’une clause de l’acte de vente, reprise d’un ancien acte de lotissement, interdit toute construction sur une partie de sa parcelle. Cette clause, une servitude non aedificandi, n’a rien à voir avec les règles d’urbanisme de la commune : elle relève du droit privé, et peut bloquer un projet parfaitement conforme aux règles publiques applicables.
Deux servitudes, deux interdictions bien différentes
La servitude non aedificandi interdit toute construction sur la zone qu’elle grève, sans exception de hauteur : ni un abri de jardin, ni une extension, ni la moindre construction en dur ne peuvent y être édifiés, quelle que soit leur ampleur. La servitude non altius tollendi, en revanche, n’interdit pas de construire, mais seulement de dépasser une hauteur déterminée, souvent fixée pour préserver une vue, un ensoleillement ou un dégagement visuel au profit d’un fonds voisin. Un terrain grevé d’une non altius tollendi reste donc constructible, à condition de respecter le plafond de hauteur fixé par l’acte constitutif, quand un terrain grevé d’une non aedificandi reste, lui, purement et simplement inconstructible sur l’emprise concernée.
D’où viennent ces servitudes ?
Contrairement à une idée répandue, ces servitudes ne proviennent pas des règles d’urbanisme de la commune, mais le plus souvent d’un acte notarié conventionnel, établi entre propriétaires privés, fréquemment à l’occasion de la division d’un grand terrain en plusieurs lots, où le lotisseur impose des restrictions de construction sur certaines parcelles pour préserver la qualité d’ensemble du lotissement, garantir une vue dégagée à certains lots, ou maintenir un espace vert commun. Elles peuvent aussi naître d’un accord ponctuel entre deux propriétaires voisins, formalisé par acte authentique, indépendamment de toute opération de lotissement organisée.
Comment identifier une servitude non aedificandi avant d’acheter ?
La servitude reste-t-elle opposable à un nouvel acquéreur ?
Oui, et c’est là l’un des points les plus mal compris par les acquéreurs successifs d’un terrain grevé. Une servitude non aedificandi régulièrement constituée et publiée suit le terrain, indépendamment des changements de propriétaire : un acquéreur qui l’ignorait au moment de l’achat reste en principe tenu de la respecter, sauf à démontrer un défaut d’information fautif imputable au vendeur ou au notaire lors de la vente. C’est pourquoi la vérification de ces servitudes avant signature ne relève pas d’une simple précaution, mais d’un point de contrôle aussi structurant que la constructibilité générale du terrain elle-même.
Que risque-t-on à construire malgré une telle servitude ?
Le bénéficiaire de la servitude, un voisin, un autre lot du même lotissement, ou l’ensemble des colotis selon les cas, peut saisir le tribunal judiciaire pour faire cesser la construction irrégulière, avec un risque réel de démolition de l’ouvrage édifié en violation de la servitude. Ce risque existe indépendamment de toute autorisation d’urbanisme par ailleurs régulièrement délivrée par la mairie : un permis de construire valide au regard des règles publiques ne purge jamais une servitude privée non respectée, les deux régimes juridiques restant totalement indépendants l’un de l’autre.
Servitude non aedificandi et zone non constructible du PLU : ne pas confondre deux régimes
Une zone naturelle ou agricole classée inconstructible par le plan local d’urbanisme relève d’une logique entièrement différente de celle d’une servitude non aedificandi conventionnelle. La première résulte d’une décision publique, prise dans l’intérêt général, modifiable par une révision ultérieure du document d’urbanisme votée par la collectivité. La seconde résulte d’un accord privé entre propriétaires, indépendant des choix de zonage de la commune, et ne disparaît jamais du seul fait d’une évolution du plan local d’urbanisme : un terrain reclassé constructible par la commune peut ainsi rester grevé d’une non aedificandi privée qui continue de s’imposer aux propriétaires successifs, sans lien avec cette évolution réglementaire publique. Cette indépendance entre les deux régimes surprend souvent les acquéreurs, convaincus à tort qu’un changement favorable du document d’urbanisme suffit à lever toute restriction de construire pesant sur leur terrain.
Peut-on faire lever une servitude devenue obsolète ?
Une servitude conventionnelle peut être levée par accord entre le bénéficiaire et le propriétaire du fonds grevé, formalisé par un nouvel acte notarié, ou par une action judiciaire si elle a perdu toute utilité pratique au fil du temps, un lotissement dont la configuration a profondément changé, par exemple, peut justifier une telle démarche. Cette procédure reste néanmoins longue et incertaine dans son issue : elle suppose de démontrer que la servitude ne présente plus aucun intérêt réel pour son bénéficiaire, une preuve rarement simple à établir en pratique, en particulier lorsque plusieurs colotis restent attachés au maintien de la restriction initiale.
Dans l’intervalle, une solution pragmatique consiste souvent à composer avec la servitude plutôt qu’à chercher sa suppression : adapter le projet de construction pour respecter la zone grevée, ou négocier avec le bénéficiaire une modification ponctuelle limitée à l’usage envisagé, sans remettre en cause l’ensemble du dispositif initial. Cette approche, plus rapide qu’une procédure judiciaire à l’issue incertaine, permet fréquemment de débloquer un projet sans opposer frontalement les intérêts du propriétaire et ceux du bénéficiaire de la servitude.
Questions fréquentes
Une servitude non aedificandi peut-elle résulter d’un simple usage, sans acte écrit ?
Le notaire est-il tenu de signaler une servitude non aedificandi à l’acquéreur ?
Un abri de jardin léger, démontable, est-il concerné par une non aedificandi ?
Une non altius tollendi fixe-t-elle toujours la même hauteur maximale ?
Ces servitudes ont-elles une durée limitée dans le temps ?
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