Un logement occupé sans votre autorisation exige une réaction immédiate, mais pas une reprise de possession par vos propres moyens. Appelez la police ou la gendarmerie si l’intrusion est en cours ou vient d’être découverte, rassemblez les preuves de votre droit sur les lieux et déposez plainte. La rapidité facilite le constat d’une occupation frauduleuse et l’orientation vers la procédure adaptée.
Le terme « squat » recouvre toutefois des situations différentes. Une personne qui s’est introduite par effraction dans votre résidence principale, votre résidence secondaire ou un logement vacant à usage d’habitation ne relève pas du même traitement qu’un locataire qui ne paie plus son loyer, qu’un ancien locataire resté après la fin du bail ou qu’un occupant à qui vous avez prêté les clés.
Depuis le renforcement du dispositif contre l’occupation illicite des logements, la voie administrative devant le préfet peut, sous conditions, être mobilisée au-delà du seul domicile. Elle ne dispense ni de démontrer votre qualité, ni de laisser les autorités qualifier les faits. Les règles applicables doivent être vérifiées à la date de la demande, notamment auprès de la préfecture ou d’un avocat.
Faut-il appeler la police dès la découverte du squat ?
Oui, particulièrement lorsque l’occupation est récente, qu’une effraction est visible ou que les intrus sont encore en train d’entrer. Composez le 17 en cas d’urgence, puis présentez-vous au commissariat ou à la brigade de gendarmerie pour déposer plainte. Décrivez les faits avec précision : date de la dernière visite, circonstances de la découverte, serrure forcée, disparition d’objets, menaces éventuelles et identité des personnes si elle est connue.
Emportez ou transmettez les pièces permettant d’établir votre lien avec le bien : titre de propriété, attestation notariale, taxe foncière, contrat d’assurance, factures d’énergie, bail si vous êtes locataire, état des lieux, photographies antérieures et courriers reçus à l’adresse. Pour une résidence principale, les preuves d’occupation effective — abonnements, courrier, documents administratifs — sont particulièrement utiles. Une facture isolée ne suffit pas toujours à lever toute contestation.
Squat, impayé ou fin de bail : quelle procédure s’applique ?
La première décision consiste à qualifier correctement la situation. Le squatteur est une personne entrée et maintenue dans les lieux sans droit ni titre, généralement par manœuvres, menaces, voies de fait ou contrainte. À l’inverse, le locataire titulaire d’un bail qui cesse de payer, ou celui qui reste dans les lieux après un congé, a initialement reçu les clés légalement. Le bailleur doit alors, en principe, passer par le juge et un commissaire de justice.
Deux situations, deux voies de sortie
Occupation frauduleuse
- Plainte et constat des faits
- Demande d’évacuation au préfet possible
- Voie judiciaire possible en cas de contestation
- Pas de bénéfice de la trêve hivernale si l’entrée frauduleuse est établie
Litige locatif
- Commandement et démarches prévues au bail
- Saisine du juge des contentieux de la protection
- Concours de la force publique après décision exécutoire
- Trêve hivernale applicable, sauf exceptions légales
| Situation constatée | Interlocuteur initial | Voie principale | Point de vigilance |
|---|---|---|---|
| Effraction et intrusion récente | Police ou gendarmerie | Pénale et, selon les faits, préfectorale | Conserver les preuves avant réparation |
| Résidence secondaire occupée | Police, préfecture | Évacuation administrative possible | Prouver l’usage d’habitation et votre qualité |
| Logement vacant à usage d’habitation | Préfecture, police | Évacuation administrative possible | Dossier documentaire indispensable |
| Locataire en impayé | Commissaire de justice, juge | Expulsion judiciaire | Ne pas qualifier abusivement de squat |
| Ancien locataire maintenu | Juge, commissaire de justice | Expulsion judiciaire | Vérifier congé, bail et titres |
Une personne qui produit un faux bail ou prétend avoir été autorisée à occuper les lieux complique l’intervention immédiate. Ne tranchez pas vous-même l’authenticité des documents : remettez-les aux enquêteurs et sollicitez un conseil juridique. La mauvaise qualification d’un dossier peut faire perdre du temps et créer un risque de contentieux contre le propriétaire.
Comment demander l’évacuation administrative au préfet ?
La procédure prévue par l’article 38 de la loi DALO permet au propriétaire ou au locataire d’un logement occupé illicitement de demander au préfet une mise en demeure de quitter les lieux. Elle concerne les locaux à usage d’habitation. Depuis les évolutions législatives intervenues en 2023, son champ ne se limite plus au domicile du demandeur, mais les conditions concrètes d’application restent à documenter avec rigueur.
Constituer un dossier exploitable par la préfecture
1. Déposez plainte
Racontez l’intrusion ou la découverte de l’occupation et joignez les éléments matériels : photographies, témoignages, traces d’effraction et documents sur le bien.
2. Prouvez votre qualité
Fournissez le titre de propriété ou l’attestation notariale. Un locataire doit produire son bail et, autant que possible, les éléments établissant son occupation régulière.
3. Demandez le constat de l’occupation illicite
L’irrégularité de l’occupation doit être constatée par un officier de police judiciaire. La préfecture vous indiquera les pièces et modalités attendues localement.
4. Saisissez le préfet par écrit
Adressez une demande claire avec les justificatifs, conservez une preuve de dépôt et indiquez les coordonnées utiles pour l’accès au logement.
5. Suivez la mise en demeure
Si le préfet l’ordonne, la mise en demeure est notifiée ou affichée et fixe un délai de départ d’au moins 24 heures. En cas de maintien, le concours de la force publique peut être requis.
Le préfet doit prendre sa décision dans les 48 heures suivant la réception de la demande. Ce délai légal ne signifie pas qu’une évacuation sera matériellement réalisée dans les 48 heures : le dossier doit être complet, les faits doivent être qualifiés et la mise en demeure doit respecter son propre délai. Un refus ou une absence de solution appelle une analyse juridique rapide, notamment devant le tribunal administratif ou le juge judiciaire selon le motif du blocage.
Quand faut-il saisir le juge pour expulser les occupants ?
La voie judiciaire est nécessaire dès que le statut des occupants est discuté, que le local ne relève pas clairement de l’habitation, que la préfecture refuse d’agir ou que l’urgence exige des mesures ordonnées par un juge. Le tribunal judiciaire, et souvent le juge des contentieux de la protection pour les litiges d’habitation, peut être saisi en référé lorsque l’illicéité est manifeste. L’assignation est délivrée par un commissaire de justice.
Le juge peut ordonner la libération des lieux, autoriser l’expulsion avec le concours de la force publique et fixer une indemnité d’occupation. Celle-ci compense la privation de jouissance ; elle ne se confond pas automatiquement avec le loyer qui aurait pu être perçu. Des dommages et intérêts peuvent aussi être demandés pour les dégradations ou les frais justifiés, à condition de les prouver.
Pourquoi ne faut-il jamais expulser soi-même un squatteur ?
Changer la serrure pendant l’absence des occupants, vider leurs affaires, couper l’eau ou l’électricité, retirer une porte, faire pression par des tiers : ces pratiques peuvent constituer une expulsion illicite ou d’autres infractions. Le propriétaire ne récupère pas un droit de contrainte physique parce que son bien est occupé sans autorisation. Les occupants peuvent déposer plainte, réclamer réparation et retarder encore la récupération du logement.
Ne signez pas non plus d’accord improvisé prévoyant le versement d’une somme contre un départ sans avis juridique. Selon les circonstances, cela peut rendre la situation plus confuse, créer une preuve de reconnaissance d’occupation ou vous exposer à de nouvelles demandes. Si une médiation est envisagée, elle doit être encadrée et ne remplace pas les démarches auprès des autorités.
Quels justificatifs, frais et assurances prévoir ?
Constituez un dossier chronologique : preuve de la dernière occupation régulière, titre ou bail, plainte, échanges avec les autorités, photographies datées, inventaire des dommages et devis de remise en état. Un commissaire de justice peut établir un constat lorsque l’accès ou les circonstances le permettent. Après restitution, photographiez immédiatement chaque pièce, relevez les compteurs et faites sécuriser l’accès.
| Poste | À quoi sert-il | Prise en charge éventuelle | Précaution |
|---|---|---|---|
| Serrurier | Sécuriser après libération | Assurance selon contrat | Ne pas intervenir avant évacuation légale |
| Commissaire de justice | Constat, assignation, exécution | À avancer en principe | Demander un chiffrage des actes |
| Avocat | Stratégie et contentieux | Protection juridique possible | Vérifier les garanties avant mandat |
| Réparations | Remise en état du logement | Garantie vandalisme selon contrat | Conserver factures et preuves |
| Indemnité d’occupation | Préjudice de jouissance | À réclamer aux occupants | Son recouvrement n’est pas garanti |
Prévenez votre assureur sans attendre et respectez le délai prévu par votre contrat. Une assurance propriétaire non occupant, multirisque habitation ou protection juridique ne couvre pas toutes les conséquences d’un squat ; les garanties dépendent notamment de l’effraction, du vandalisme et des exclusions contractuelles. Ne lancez les travaux urgents qu’après avoir préservé les éléments de preuve utiles à l’enquête et à l’indemnisation.
Comment sécuriser le logement après sa restitution ?
Une fois les lieux libérés légalement, faites remplacer le cylindre ou la serrure complète, contrôlez portes, fenêtres, cave, accès communs et boîtes aux lettres. Relevez les compteurs, avisez les fournisseurs d’énergie et prévenez le syndic si le bien est en copropriété. Si vous remettez le logement sur le marché, évitez de le laisser longtemps vide : visites organisées, voisin référent et surveillance régulière limitent les risques.
La prévention ne justifie pas une surveillance intrusive. Elle repose surtout sur la fermeture effective des accès, l’enlèvement du courrier, une assurance à jour, des passages réguliers et une réaction immédiate à toute effraction. Dans une maison ou un appartement inoccupé, une porte renforcée et une alarme peuvent compléter ces mesures, sans remplacer la vigilance humaine.
Questions fréquentes sur un logement squatté
Puis-je changer les serrures si mon logement est squatté ?
La police doit-elle expulser les squatteurs immédiatement ?
La trêve hivernale protège-t-elle les squatteurs ?
Un ancien locataire qui refuse de partir est-il un squatteur ?
Combien de temps dure une procédure pour récupérer un logement squatté ?
À lire ensuite
ActualitésLe marché immobilier, décrypté chaque semaine
Une sélection courte : ce qui bouge sur les prix et les taux, les échéances réglementaires à ne pas manquer, et l'analyse qui vaut le détour.