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Les passoires énergétiques pourraient-elles faire leur grand retour sur le marché immobilier ?

La vente des logements F et G reste autorisée, mais l’interdiction progressive de les louer pousse une partie des propriétaires à vendre : leur retour sur le marché crée des occasions, à condition de chiffrer précisément la rénovation et le risque de copropriété.

Appartement ancien en évaluation énergétique avec radiateur, fenêtre simple vitrage et échantillon d’isolation.
Appartement ancien en évaluation énergétique avec radiateur, fenêtre simple vitrage et échantillon d’isolation.

Oui, les passoires énergétiques peuvent revenir plus visiblement dans les annonces, non parce qu’elles redeviendraient faciles à louer, mais parce que davantage de propriétaires arbitrent en faveur de la vente. La sortie du parc locatif des logements les plus énergivores, le gel des loyers et la difficulté à financer ou piloter des travaux transforment certains biens F et G en produits de marché à part entière.

Ce retour ne signifie pas un retour à la normale. Un logement mal classé se vend légalement, mais il porte un coût futur, une incertitude technique et, pour l’investisseur, une contrainte d’exploitation immédiate ou proche. Son prix pertinent n’est donc pas celui d’un bien comparable rénové, auquel on retire vaguement « quelques travaux » : il faut chiffrer un projet complet, intégrer une marge d’aléa et vérifier ce qui dépend de la copropriété.

Pourquoi les logements F et G reviennent-ils dans les annonces ?

Le moteur principal est réglementaire. En France métropolitaine, depuis le 1er janvier 2025, un logement classé G au DPE ne satisfait plus au critère de décence énergétique pour les nouveaux baux, les renouvellements et les reconductions tacites. Les logements classés F seront concernés à partir de 2028, puis les logements E à partir de 2034. Ces échéances doivent être vérifiées à la date du projet, tout comme les règles particulières applicables outre-mer.

Un propriétaire bailleur dispose alors de trois options : engager une rénovation pour continuer à louer, conserver le bien sans le louer, ou vendre. La troisième solution devient rationnelle lorsque les travaux sont lourds, que le logement est occupé, que le financement est difficile ou que l’amélioration dépend de décisions collectives. Le marché peut ainsi voir arriver des maisons anciennes, de petits appartements chauffés à l’électricité ou des lots situés dans des immeubles mal isolés.

Une passoire énergétique est-elle forcément moins chère ?

En pratique, le DPE pèse sur le prix, mais il ne produit pas une décote uniforme. Deux logements G de même surface peuvent avoir des valeurs très différentes selon leur adresse, leur plan, leur étage, l’état général, le mode de chauffage, la capacité à créer une chambre supplémentaire ou la nature exacte des travaux. Dans les secteurs où l’offre est rare, un mauvais DPE peut être compensé en partie par l’emplacement. Dans les marchés plus détendus, il devient un facteur de négociation majeur.

La décote reflète moins la consommation théorique que le coût total du retour à la location ou au confort. L’acheteur retranche le budget de travaux, mais aussi le temps de chantier, les honoraires de maîtrise d’œuvre éventuels, les frais de financement, les imprévus et, pour un bailleur, les loyers non perçus durant l’opération. Il applique souvent une marge de sécurité, car un DPE ne remplace ni une visite technique ni une étude de rénovation.

Ce que le classement énergétique change dans l’analyse d’un achat
SituationLocation possibleEnjeu principalPoint de vigilance
Classe A à DOuiConfort et chargesÉtat réel des équipements
Classe EOui à ce jourAnticipation de 2034Parcours de travaux crédible
Classe FOui jusqu’à l’échéance légaleRénovation à programmerGel des loyers et valeur de revente
Classe GNon pour nouveau bail en métropoleTravaux avant remise en locationBudget, délai et décence énergétique
DPE collectif défavorableVariable selon le lotTravaux d’immeubleVote, quote-part et calendrier

Comment calculer le juste prix d’un logement à rénover ?

La méthode la plus robuste consiste à partir de la valeur d’un logement comparable en bon état et correctement classé dans le même micro-secteur, puis à soustraire tous les coûts spécifiques. Les comparables doivent être réellement proches : même immeuble ou rue, surface semblable, étage, extérieur, parking, qualité de plan et état des parties communes. Comparer un studio G à un deux-pièces D entièrement rénové fausse immédiatement le raisonnement.

La formule est simple dans son principe : prix cible = valeur après travaux − budget global de rénovation − marge de risque. Le budget global ne se limite pas aux devis d’isolation ou de chauffage. Il comprend les diagnostics complémentaires, la ventilation, les reprises de plomberie ou d’électricité rendues nécessaires, les honoraires, les autorisations, les frais de relogement éventuels et le coût des mois d’immobilisation. Une enveloppe d’aléas est indispensable dans l’ancien, surtout avant ouverture des murs ou dépose des sols.

Établir une offre d’achat défendable en cinq étapes

  1. Fixez la valeur après travaux

    Relevez plusieurs ventes ou offres comparables, en distinguant les logements rénovés des biens simplement habitables.

  2. Lisez les documents techniques

    Analysez le DPE, ses recommandations, les diagnostics obligatoires, les factures disponibles et, pour une maison, l’audit énergétique s’il est requis.

  3. Faites chiffrer le scénario complet

    Demandez des devis cohérents avec un objectif de classe énergétique, incluant isolation, chauffage, eau chaude et ventilation.

  4. Ajoutez les coûts invisibles

    Intégrez maîtrise d’œuvre, autorisations, copropriété, intérêts intercalaires, vacance locative et une provision pour imprévus.

  5. Négociez sur des éléments prouvables

    Présentez au vendeur des coûts documentés et conditionnez, si nécessaire, l’achat à l’obtention du financement ou à l’examen des pièces de copropriété.

Faut-il rénover avant de vendre ou céder le bien en l’état ?

Rénover avant la vente peut élargir la clientèle, améliorer le DPE et rendre le logement finançable plus facilement pour un accédant. Mais les travaux n’ont d’intérêt économique que s’ils répondent aux défauts qui bloquent réellement la transaction. Refaire une cuisine haut de gamme sans traiter l’isolation, la ventilation ou le chauffage ne corrige ni l’étiquette énergétique ni le risque locatif. Une rénovation partielle peut même donner une illusion de remise à neuf sans résoudre le problème central.

Vendre en l’état est souvent préférable lorsque l’acquéreur type est un occupant prêt à personnaliser son logement, lorsque le vendeur n’a pas la trésorerie ou l’appétence pour conduire un chantier, ou lorsque les travaux dépendent de la copropriété. La transparence est alors déterminante : DPE valable, détail des consommations lorsqu’il est disponible, devis, plans, procès-verbaux d’assemblée générale et informations sur les aides éventuellement mobilisables permettent de limiter la méfiance et les renégociations tardives.

Rénover avant la vente ou vendre en l’état ?

Rénover avant de vendre

Pour viser un acquéreur occupant ou bailleur classique
  • Peut améliorer la liquidité du bien
  • Réduit l’incertitude perçue par l’acheteur
  • Exige trésorerie, délais et pilotage de chantier
  • La survaleur ne couvre pas toujours tous les travaux

Vendre en l’état

Pour transférer le projet à l’acquéreur
  • Évite l’avance de trésorerie et le risque travaux
  • Permet une vente plus rapide si le prix intègre le projet
  • Réduit le nombre d’acquéreurs finançables
  • Impose une documentation technique très complète

Quelles obligations faut-il vérifier avant la vente d’une passoire ?

Le vendeur doit fournir un DPE en cours de validité dans le dossier de diagnostic technique. Les annonces doivent afficher les informations énergétiques prévues par la réglementation, notamment l’étiquette et l’estimation des dépenses théoriques lorsque celle-ci est requise. Un diagnostic ancien peut avoir perdu sa validité selon sa date d’établissement : ce point doit être contrôlé avant la mise en vente.

Pour la vente d’une maison individuelle ou d’un immeuble en monopropriété classé E, F ou G en France métropolitaine, un audit énergétique réglementaire est progressivement exigé : il concerne les biens classés G depuis 2023 et F depuis le 1er janvier 2025 ; les biens E entreront dans le champ à partir de 2034. L’audit doit être disponible dès la première visite. Il propose des parcours de travaux, mais ne constitue ni un devis ferme ni une garantie d’atteindre automatiquement une classe donnée.

Pour un appartement en copropriété, le point critique est collectif. Demandez les trois derniers procès-verbaux d’assemblée générale, le carnet d’entretien, le diagnostic technique global s’il existe, le plan pluriannuel de travaux lorsqu’il est applicable, le montant du fonds travaux et les appels de fonds votés ou envisagés. Une isolation par l’extérieur, une réfection de toiture ou un changement de chauffage collectif peuvent modifier radicalement le budget réel de l’acquéreur.

Comment acheter une passoire énergétique sans transformer l’affaire en piège ?

L’acheteur occupant doit commencer par définir un niveau de confort et un budget global, pas seulement une lettre DPE. Dans une maison, une rénovation performante combine généralement isolation, traitement des ponts thermiques, ventilation et système de chauffage cohérent. Changer uniquement la chaudière ou poser quelques fenêtres peut réduire une facture, mais ne suffit pas nécessairement à franchir une classe ni à traiter l’humidité.

L’investisseur doit raisonner avec un calendrier locatif. Pour un G, la remise en location suppose d’abord de rétablir la décence énergétique. Pour un F, le projet doit intégrer l’échéance de 2028 dès l’acquisition. Le crédit, les aides publiques et les dispositifs fiscaux peuvent alléger le reste à charge sous conditions, mais leurs critères, montants, entreprises éligibles et règles de cumul évoluent : il faut les vérifier avant la signature et ne jamais construire un plan de financement sur une aide non confirmée.

Enfin, la banque finance plus volontiers un dossier chiffré qu’une intention vague. Présentez un compromis, les diagnostics, les devis, l’apport, le coût d’acquisition, le calendrier et la valeur estimée après travaux. Pour une acquisition suivie de rénovation lourde, un prêt incluant les travaux ou un déblocage par factures peut être envisagé selon l’établissement. Comparez le coût total du crédit, l’assurance et les conditions de déblocage plutôt que le seul taux affiché.

Questions fréquentes sur les passoires énergétiques

Peut-on encore vendre une maison classée G en 2025 ?
Oui. La vente d’une maison classée G est parfaitement légale. En revanche, le vendeur doit remettre les diagnostics obligatoires et, pour une maison individuelle classée G en métropole, l’audit énergétique réglementaire doit être disponible dès la première visite. L’acquéreur doit intégrer le fait qu’une remise en location exigera des travaux de décence énergétique.
Un logement G déjà loué doit-il être libéré par le locataire ?
Non, l’interdiction de location ne met pas automatiquement fin à un bail en cours et n’autorise pas l’expulsion du locataire pour ce seul motif. La règle s’applique notamment lors de la conclusion d’un nouveau bail, de son renouvellement ou de sa reconduction. En cas de litige sur la décence, le locataire peut engager les démarches prévues par le droit locatif.
Quelle décote demander pour acheter une passoire énergétique ?
Il n’existe pas de pourcentage universel. Calculez plutôt la valeur du logement une fois rénové, puis retirez le coût intégral des travaux, les frais annexes, les délais et une marge d’aléa. La localisation, la copropriété, l’état du bien et la possibilité effective d’améliorer le DPE déterminent la négociation bien davantage qu’une décote standard.
L’audit énergétique est-il obligatoire pour vendre un appartement F ou G ?
Pas systématiquement. L’audit énergétique réglementaire vise la vente des maisons individuelles et des immeubles détenus par un seul propriétaire, selon leur classe énergétique et le calendrier légal. Un appartement en copropriété est donc généralement hors de ce champ, mais le DPE reste requis et les documents de copropriété sont essentiels pour mesurer les travaux collectifs à venir.
Peut-on financer les travaux d’une passoire énergétique avec le prêt immobilier ?
Souvent, oui, selon le dossier et la politique de la banque. Un prêt immobilier peut inclure une enveloppe travaux, généralement justifiée par des devis, avec des fonds débloqués au fil des factures. Vérifiez le coût global, les conditions de déblocage et votre capacité à supporter une période sans loyers si le bien est destiné à la location.

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