Le réseau .fm
Immobilier.fm La fréquence
de l'immobilier
Fiscalité de l'immobilier

IFI : qui le paie, ce qui entre dans l’assiette et comment s’applique la décote de 30 %

L’impôt sur la fortune immobilière ne frappe que le patrimoine immobilier, au-delà de 1,3 million d’euros nets au 1er janvier. Assiette, abattement de 30 % sur la résidence principale, dettes admises en déduction : le calcul se joue sur des détails.

Façade d’immeuble haussmannien en pierre de taille, balcons en fer forgé et toiture en zinc
Façade d’immeuble haussmannien en pierre de taille, balcons en fer forgé et toiture en zinc

Un appartement parisien, une maison de famille et deux studios loués suffisent parfois à franchir le seuil. L’impôt sur la fortune immobilière ne s’intéresse ni aux placements financiers, ni à l’épargne, ni aux objets d’art : il ne taxe que la pierre, et il la taxe au-delà de 1,3 million d’euros nets détenus au 1er janvier.

Cette assiette étroite rend le calcul très sensible à deux paramètres : la valeur retenue pour chaque bien, et les dettes que l’on peut réellement déduire. C’est là que se concentrent les redressements, bien plus que sur l’oubli d’un bien entier.

Qui est redevable, et sur quel périmètre

Le redevable n’est pas le contribuable au sens de l’impôt sur le revenu mais le foyer IFI : couples mariés, partenaires de Pacs et concubins notoires sont imposés conjointement, avec les enfants mineurs dont ils administrent les biens. Un couple non marié et non pacsé mais vivant en concubinage notoire additionne donc ses patrimoines, alors qu’il déclare séparément ses revenus. C’est une différence structurante, souvent découverte trop tard.

Le périmètre couvre les biens et droits immobiliers détenus directement, mais aussi la fraction immobilière des parts de sociétés, les parts de sociétés civiles de placement immobilier, et les unités de compte immobilières logées dans un contrat d’assurance-vie. Détenir la pierre à travers une enveloppe ne fait pas sortir de l’assiette : cela change seulement la méthode de valorisation.

Le barème : un seuil à 1,3 million, un calcul à partir de 800 000 €

La mécanique surprend souvent. On n’est redevable qu’au-delà de 1 300 000 € de patrimoine net, mais une fois ce seuil franchi, le barème s’applique depuis 800 000 €. Autrement dit, le passage du seuil ne déclenche pas un impôt symbolique : il déclenche l’imposition de toute la tranche intermédiaire.

Le barème par tranches de patrimoine net taxable
Fraction de patrimoine netTaux applicable
Jusqu’à 800 000 €0 %
De 800 000 € à 1 300 000 €0,50 %
De 1 300 000 € à 2 570 000 €0,70 %
De 2 570 000 € à 5 000 000 €1,00 %
De 5 000 000 € à 10 000 000 €1,25 %
Au-delà de 10 000 000 €1,50 %

L’abattement de 30 % sur la résidence principale, et comment on le perd

La résidence principale bénéficie d’un abattement de 30 % sur sa valeur vénale. Sur un bien estimé 900 000 €, l’assiette retenue tombe à 630 000 € : à elle seule, cette règle fait souvent la différence entre redevable et non redevable. Encore faut-il en remplir la condition centrale.

L’abattement suppose une détention directe. Un logement occupé à titre de résidence principale mais détenu par une société civile immobilière n’y ouvre pas droit : les parts sont valorisées sans réfaction, et l’économie d’impôt disparaît. C’est l’un des effets pervers les plus fréquents des montages en SCI familiale, décidés pour des motifs successoraux sans que la conséquence en matière d’IFI ait été chiffrée.

La valeur de départ reste la valeur vénale au 1er janvier, c’est-à-dire le prix que le bien atteindrait sur le marché libre. Pour les biens loués, l’administration admet, sous conditions et sous le contrôle du juge, des abattements tenant à l’occupation : la logique rejoint celle qui préside au calcul de la décote appliquée à un appartement vendu occupé. Ces abattements se justifient au cas par cas, pièces à l’appui, et ne sont jamais forfaitaires.

Quelles dettes viennent réellement en déduction

Le patrimoine taxable est un patrimoine net. Encore faut-il que les dettes remplissent trois conditions cumulatives : exister au 1er janvier, être à la charge personnelle du redevable, et se rapporter à des actifs immobiliers imposables. Une dette contractée pour financer un placement financier ne réduit donc rien, même si elle grève lourdement la trésorerie du foyer.

Ce qui se déduit et ce qui ne se déduit pas

Déductible

Rattaché à un actif imposable
  • Capital restant dû des emprunts d’acquisition d’un bien imposable.
  • Emprunts finançant des travaux d’amélioration, de construction ou d’agrandissement.
  • Taxe foncière afférente aux biens imposables.
  • Droits de mutation restant dus sur un bien reçu par succession ou donation.
  • Dépenses de réparation et d’entretien engagées et non encore réglées au 1er janvier.

Non déductible

Hors périmètre ou expressément écarté
  • Emprunts finançant des actifs financiers ou des biens meubles.
  • Impôt sur le revenu et prélèvements sociaux.
  • Taxe d’habitation sur les résidences secondaires.
  • Dettes contractées auprès du foyer lui-même ou de sociétés qu’il contrôle, sauf justification.
  • Fraction excédentaire des dettes pour les patrimoines les plus endettés, selon un mécanisme de plafonnement.

Exonérations, plafonnement et réductions

Trois mécanismes viennent corriger le résultat brut. Les biens professionnels sont exonérés lorsqu’ils sont affectés à l’activité professionnelle principale du redevable, condition appréciée strictement. Les bois et forêts, les parts de groupements forestiers, ainsi que les biens ruraux donnés à bail à long terme et les parts de groupements fonciers agricoles bénéficient d’exonérations partielles, subordonnées à des engagements de conservation et de gestion.

Le plafonnement limite ensuite la somme de l’IFI et de l’impôt sur le revenu à 75 % des revenus de l’année précédente ; l’excédent éventuel vient en diminution de l’IFI. Ce mécanisme protège les redevables au patrimoine élevé mais aux revenus modestes, typiquement un retraité propriétaire de longue date. Enfin, les dons consentis à certains organismes d’intérêt général ouvrent une réduction d’impôt de 75 % des versements, dans une limite annuelle.

Établir sa déclaration sans se tromper

  1. Recenser au 1er janvier

    La situation retenue est celle du 1er janvier, pas celle de la date de déclaration. Un bien vendu en février reste dans l’assiette de l’année ; un bien acquis en février n’y entre pas.

  2. Évaluer chaque bien à sa valeur vénale

    Appuyez-vous sur des ventes comparables récentes du même secteur et du même type de bien. Conservez la trace de la méthode : c’est elle qui sera discutée en cas de contrôle, pas le chiffre isolé.

  3. Appliquer les abattements justifiés

    Trente pour cent sur la résidence principale détenue directement. Les décotes pour occupation ou indivision se documentent séparément, bien par bien.

  4. Recenser les dettes éligibles

    Tableaux d’amortissement au 1er janvier, avis de taxe foncière, factures de travaux engagées et non réglées. Écartez ce qui ne se rattache pas à un actif imposable.

  5. Vérifier le plafonnement

    Comparez la somme de l’IFI théorique et de l’impôt sur le revenu aux revenus de l’année précédente. Le calcul est rarement spontané et il représente souvent l’économie la plus significative.

  6. Conserver les justificatifs

    Méthode d’évaluation, comparables, tableaux d’amortissement et actes doivent être conservés pendant toute la durée de reprise de l’administration.

En matière d’IFI, le contentieux ne porte presque jamais sur l’existence d’un bien mais sur sa valeur. Une évaluation motivée, appuyée sur des comparables datés, vaut mieux qu’une estimation prudente sans justification.

La rédaction d’Immobilier.fm
  • Oublier le concubinage notoire. Deux patrimoines s’additionnent alors même que les déclarations de revenus restent séparées. C’est le premier motif de rehaussement chez les couples non mariés.
  • Loger sa résidence principale en SCI sans chiffrer l’IFI. Le montage peut rester pertinent pour des raisons successorales, mais il coûte l’abattement de 30 %. La décision doit être prise en connaissance de ce coût.
  • Déclarer une valeur figée d’une année sur l’autre. Reconduire le même chiffre pendant cinq ans dans un marché qui a bougé attire l’attention, à la hausse comme à la baisse.
  • Négliger les biens vacants. Un logement inoccupé reste imposable à l’IFI, indépendamment des questions propres à la taxe sur les logements vacants et à ses exonérations.
  • Passer à côté du plafonnement. Il ne s’applique pas automatiquement : il se calcule et se demande. Beaucoup de redevables aux revenus faibles ne l’invoquent jamais.

Questions fréquentes

À partir de quel patrimoine est-on redevable de l’IFI ?
Au-delà de 1 300 000 € de patrimoine immobilier net taxable au 1er janvier. En dessous, aucune déclaration n’est due. Une fois ce seuil franchi, le barème s’applique à partir de 800 000 €, ce qui rend l’entrée dans l’impôt plus coûteuse qu’il n’y paraît. Une décote atténue l’effet de seuil jusqu’à 1 400 000 €.
L’abattement de 30 % s’applique-t-il si ma maison est en SCI ?
Non. L’abattement de 30 % sur la résidence principale suppose une détention directe. Un logement occupé à titre de résidence principale mais détenu par une société civile immobilière ne l’ouvre pas : les parts sont valorisées sans réfaction. C’est un effet fréquemment ignoré des SCI familiales constituées pour des motifs successoraux.
Le crédit qui finance ma résidence principale est-il déductible ?
Oui, à hauteur du capital restant dû au 1er janvier, dès lors que le bien financé entre dans l’assiette. La déduction se combine avec l’abattement de 30 % : celui-ci réduit la valeur brute du bien, la dette réduit ensuite le patrimoine net. Pour un prêt in fine, la dette déductible est retraitée comme si le prêt s’amortissait linéairement.
Les parts de SCPI entrent-elles dans l’assiette ?
Oui, pour la fraction de leur valeur représentative d’actifs immobiliers imposables, communiquée chaque année par la société de gestion. Il en va de même des unités de compte immobilières détenues au sein d’un contrat d’assurance-vie. L’enveloppe de détention ne fait pas sortir la pierre de l’assiette de l’IFI.
Comment fonctionne le plafonnement de l’IFI ?
La somme de l’IFI et de l’impôt sur le revenu dû au titre des revenus de l’année précédente ne peut excéder 75 % de ces revenus. L’excédent vient en diminution de l’IFI, jusqu’à l’annuler. Le calcul ne s’applique pas d’office : il doit être effectué et porté sur la déclaration, ce qui explique qu’il soit souvent oublié.

À lire ensuite

Fiscalité de l'immobilier
L'infolettre

Le marché immobilier, décrypté chaque semaine

Une sélection courte : ce qui bouge sur les prix et les taux, les échéances réglementaires à ne pas manquer, et l'analyse qui vaut le détour.

Gratuit, un envoi par semaine, désinscription en un clic. Votre adresse ne sert qu'à cet envoi.