Vous vendez votre appartement alors que plusieurs appels de charges de copropriété restent impayés. Beaucoup de vendeurs pensent que la dette sera « reprise » par l’acquéreur ou qu’elle attendra. C’est inexact : la loi permet au syndic de se faire payer directement sur le prix de vente, par une procédure appelée opposition, avant même que les fonds ne vous soient remis.
Comprendre ce mécanisme permet de calculer à l’avance le prix net qui vous reviendra, de contester une somme erronée à temps, et d’éviter qu’un reliquat bloque le versement du solde pendant des semaines.
Comment le syndic peut-il se servir sur votre prix de vente ?
L’article 20 de la loi du 10 juillet 1965 organise la procédure. Lors de la vente d’un lot, le notaire doit adresser un avis de mutation au syndic dans les quinze jours de la date du transfert de propriété. À réception, le syndic dispose à son tour de quinze jours pour former opposition au versement des fonds, dans la limite des sommes restant dues par l’ancien propriétaire.
L’opposition est signifiée par acte de commissaire de justice au domicile élu, en pratique l’étude du notaire. Elle doit énoncer, à peine de nullité, le montant et les causes de la créance, et contenir une élection de domicile dans le ressort du tribunal judiciaire du lieu de l’immeuble. Une fois l’opposition régulièrement faite, tout paiement du prix au vendeur en violation de celle-ci est inopposable au syndicat : le notaire qui verserait les fonds malgré tout s’exposerait à devoir payer lui-même.
L’opposition régulière vaut en outre, pour le syndicat, mise en œuvre du privilège immobilier spécial dont il bénéficie sur le lot. C’est ce qui lui permet, dans certaines limites, d’être payé avant d’autres créanciers du vendeur, y compris sa banque.
L’état daté : le document qui chiffre la dette avant la signature
En pratique, l’opposition n’arrive presque jamais par surprise. Avant l’acte authentique, le notaire demande au syndic un état daté, prévu par l’article 5 du décret du 17 mars 1967. Ce document fait le point sur la situation financière du lot à la date de la vente. Ses honoraires sont plafonnés par décret, au plus 380 € TTC à la date de rédaction, et sont à la charge du vendeur.
| Partie | Contenu | Qui est concerné |
|---|---|---|
| Sommes dues par le vendeur au syndicat | Provisions exigibles non payées, arriérés de charges, travaux appelés, frais de recouvrement justifiés | Le vendeur : ces sommes sont prélevées sur son prix |
| Sommes dues par le syndicat au vendeur | Avances, trop-perçus de régularisation, éventuelles sommes à rembourser | Le vendeur : elles viennent en déduction ou lui sont restituées |
| Sommes qui incomberont à l’acquéreur | Provisions à venir, travaux votés dont les appels ne sont pas encore exigibles | L’acquéreur, sauf accord contraire dans l’acte |
Muni de ce document, le notaire retient sur le prix les sommes de la première partie et les règle directement au syndic lors de la répartition des fonds. L’opposition formelle devient alors une sécurité supplémentaire plus qu’un blocage : si tout est payé, le syndic n’a plus de raison de la former, ou la forme pour un montant nul.
Quelles sommes le syndic peut-il réellement bloquer ?
L’opposition ne porte que sur les sommes dues par le vendeur, c’est-à-dire exigibles avant le transfert de propriété. Le décret de 1967 pose en effet que les provisions et appels de fonds sont payés par celui qui est copropriétaire à la date de leur exigibilité. Une dette de charges ne se transmet donc pas à l’acquéreur avec le lot.
- Visées par l’opposition : provisions trimestrielles échues et impayées, soldes débiteurs de régularisation annuelle, appels de travaux exigibles avant la vente, cotisations au fonds de travaux appelées et non payées.
- Frais de recouvrement : les frais nécessaires engagés à compter de la mise en demeure (relances, prise d’hypothèque, acte d’opposition) peuvent être imputés au seul copropriétaire défaillant, à condition d’être justifiés.
- Non visées : appels de fonds dont l’échéance tombe après la vente, qui reviennent à l’acquéreur, et sommes contestées sans lien avec le lot vendu.
La frontière entre vendeur et acquéreur se discute surtout pour les travaux votés avant la vente mais appelés après. Cette question, qui obéit à des règles propres et à ce que prévoit le compromis, est traitée dans notre article sur les travaux votés lors d’une vente en copropriété. La cotisation annuelle au fonds de travaux suit une logique particulière : elle reste attachée au lot et n’est pas remboursée au vendeur.
Et si le prix de vente ne suffit pas à tout rembourser ?
Le cas se présente lorsque le vendeur est lourdement endetté : crédit immobilier en cours, hypothèque, autres créanciers. Le syndicat bénéficie alors d’un privilège immobilier spécial qui lui donne, pour une partie de sa créance correspondant aux charges et travaux de périodes récentes définies par la loi, un rang de paiement préférable à celui de créanciers inscrits avant lui. Le reste de la créance vient à un rang moins favorable.
Pour le vendeur, la conséquence pratique est simple : le prix sert d’abord à désintéresser les créanciers privilégiés, dont le syndicat et la banque. Si la somme ne suffit pas, le vendeur reste personnellement redevable du solde. Avant de fixer un prix plancher, additionnez donc le capital restant dû, l’éventuelle indemnité de remboursement anticipé, les charges impayées et les frais de mainlevée : c’est ce total, et non le prix affiché, qui mesure ce que la vente vous rapportera.
Quand c’est l’acquéreur qui doit des charges dans l’immeuble
L’article 20 comporte un second volet, issu de la loi ALUR. Avant l’acte authentique, le notaire notifie au syndic le nom du candidat acquéreur. Le syndic délivre un certificat attestant soit que l’acquéreur, son conjoint ou partenaire de PACS, ses ascendants ou descendants ne sont pas copropriétaires de l’immeuble, soit, s’ils le sont, qu’ils n’ont pas fait l’objet d’une mise en demeure de payer restée infructueuse depuis plus de quarante-cinq jours.
Si l’acquéreur est un copropriétaire défaillant, le notaire notifie aux parties l’impossibilité de conclure la vente. Lorsqu’un avant-contrat a été signé, l’acquéreur dispose d’un délai de trente jours pour régulariser sa dette ; à défaut, l’avant-contrat est réputé nul aux torts de l’acquéreur. Pour un vendeur qui cède à un voisin de palier ou à un investisseur déjà présent dans l’immeuble, la vérification mérite d’être faite dès la négociation.
La méthode pour vendre sans blocage des fonds
Vendre sans blocage des fonds, pas à pas
Demander son relevé de compte dès la mise en vente
Le syndic ou l’espace en ligne de la copropriété permet d’obtenir le solde exact et la liste des appels à venir.
Régulariser ou organiser le paiement
Soit vous soldez avant le compromis, soit vous indiquez au notaire que la dette sera réglée sur le prix. Les deux sont possibles ; la seconde évite d’avancer des fonds.
Vérifier l’état daté ligne par ligne
Comparer avec vos propres relevés bancaires, contester par écrit auprès du syndic toute somme non justifiée, avec copie au notaire.
Calculer le prix net vendeur
Prix de vente, moins capital restant dû et frais de remboursement anticipé, moins sommes de la première partie de l’état daté, moins frais d’état daté et diagnostics.
Suivre la levée de l’opposition
Une fois le syndic payé par le notaire, il doit donner mainlevée ; le solde du prix vous est alors versé.
Si le désaccord persiste sur le montant, le vendeur peut saisir le tribunal judiciaire du lieu de l’immeuble pour contester la créance et obtenir la mainlevée de l’opposition. La démarche prend du temps : un règlement amiable avec pièces justificatives reste presque toujours plus rapide. Pour un rappel de ce que recouvrent les différentes catégories de charges, voyez notre dossier sur les charges de copropriété.
Une dette de charges ne disparaît pas avec la vente : elle change seulement de moment. Mieux vaut la solder au prix que l’on a choisi, avant la signature, que la subir au prix bloqué chez le notaire.
Questions fréquentes
L’acheteur doit-il payer les charges impayées du vendeur ?
Le syndic peut-il empêcher la vente de mon appartement ?
Combien coûte l’état daté demandé par le notaire ?
Que se passe-t-il si le syndic laisse passer le délai de quinze jours ?
Les frais de relance du syndic sont-ils à la charge du vendeur défaillant ?
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