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Marché immobilier : Après deux ans de déclin, est-il judicieux d’attendre une nouvelle baisse des prix ?

Après deux années de repli, attendre une baisse supplémentaire n’a de sens que si le gain de prix attendu dépasse le coût du report : crédit, loyer, capacité d’emprunt et risque de rater le bon bien doivent être chiffrés localement.

Acquéreurs et agent immobilier devant un immeuble résidentiel lors d’une visite de quartier en France.
Acquéreurs et agent immobilier devant un immeuble résidentiel lors d’une visite de quartier en France.

Après deux années de déclin, espérer une nouvelle baisse des prix est compréhensible. Mais personne ne peut identifier durablement le point bas d’un marché immobilier, encore moins à l’échelle d’une rue, d’un type de logement ou d’une classe énergétique. La bonne question n’est donc pas « les prix vont-ils encore baisser ? », mais combien vous coûterait l’attente et quel bien vous risqueriez de laisser passer.

Une acquisition se décide à partir d’un budget global : prix net vendeur, frais d’acquisition, travaux, coût du crédit, assurance, charges et éventuel loyer conservé pendant l’attente. Si les conditions de financement se détériorent, un recul additionnel du prix peut être neutralisé. À l’inverse, dans un secteur où les vendeurs restent nombreux et les ventes lentes, patienter quelques mois peut renforcer votre marge de négociation.

Cette décision diffère selon votre projet. Un ménage qui achète sa résidence principale pour dix ans ou davantage n’arbitre pas comme un investisseur locatif dépendant d’un rendement immédiat, ni comme un primo-accédant à la capacité d’emprunt fragile. Il faut raisonner bien par bien, avec des hypothèses prudentes, et non par slogans sur « le marché ».

Pourquoi une baisse nationale ne dit pas si vous devez attendre ?

Le marché immobilier français n’est pas un bloc homogène. Les évolutions peuvent diverger fortement entre une grande ville, une couronne périurbaine, une station touristique et un bassin d’emploi moins dynamique. Elles divergent aussi selon la surface, l’étage, la présence d’un extérieur, l’état de la copropriété et le DPE. Un trois-pièces familial bien situé, correctement rénové et rare à la vente peut résister quand les studios énergivores ou les maisons éloignées des services subissent des rabais.

Les chiffres publiés sur les prix sont en outre rétrospectifs : ils enregistrent des compromis et des actes signés plusieurs semaines ou mois auparavant. Ils constituent un indicateur utile de tendance, pas un signal d’achat ou de vente au jour près. Regardez plutôt les annonces comparables, leur ancienneté, les baisses déjà affichées, les prix des ventes effectivement réalisées lorsqu’ils sont accessibles, ainsi que le délai nécessaire pour obtenir une visite.

Une nouvelle baisse compenserait-elle vraiment le coût du crédit ?

Le prix d’achat et le taux nominal ne se compensent pas exactement, mais ils concourent à la même contrainte : votre mensualité et le coût total du projet. Un taux supérieur réduit le montant que la banque accepte de prêter à revenus égaux. Il peut aussi faire franchir le seuil d’endettement généralement retenu par les banques, soit 35 % des revenus nets avant impôt, assurance emprunteur comprise. Ce cadre doit être vérifié à la date de votre demande, car les pratiques de crédit évoluent.

Prenons un ordre de grandeur, hors assurance et hors frais. Emprunter 300 000 € sur vingt ans à 3,5 % représente une mensualité d’environ 1 740 €. Un an plus tard, un bien négocié 5 % moins cher, soit 285 000 €, mais financé à 4 %, représente environ 1 730 € par mois sur la même durée. La mensualité est proche, alors que le prix a baissé de 15 000 €. Ce calcul simplifié montre qu’une baisse de prix ne garantit pas à elle seule une opération moins coûteuse.

Inversement, si les taux baissent pendant votre attente et que votre apport demeure disponible, vous pouvez améliorer simultanément votre budget et votre pouvoir de négociation. Il serait toutefois risqué de bâtir un projet sur une prévision de taux. Demandez des simulations à plusieurs banques ou à un courtier, incluant le TAEG, qui agrège intérêts, assurance, frais de dossier, garantie et frais imposés pour l’obtention du crédit.

Illustration : le prix ne doit jamais être analysé sans le financement
Hypothèse sur 20 ansMontant empruntéTaux nominalMensualité hors assuranceLecture
Achat immédiat300 000 €3,5 %Environ 1 740 €Référence illustrative
Prix - 5 %, taux + 0,5 point285 000 €4 %Environ 1 730 €Mensualité proche
Prix identique, taux - 0,5 point300 000 €3 %Environ 1 665 €Budget mensuel allégé
Prix - 5 %, taux identique285 000 €3,5 %Environ 1 650 €Double effet favorable

Dans quels cas attendre peut-il être rationnel ?

Reporter un achat peut être cohérent lorsqu’il répond à une contrainte objective, et non à la seule crainte d’acheter trop cher. C’est le cas si votre apport reste insuffisant, si votre situation professionnelle est instable, si vous anticipez un déménagement proche, ou si aucune offre ne correspond encore à vos critères essentiels. Attendre peut aussi servir à reconstituer une épargne de sécurité après les frais d’acquisition et les premiers travaux.

La prudence est également justifiée sur un bien dont le prix ne reflète pas ses défauts : DPE faible, chauffage à remplacer, toiture ou ravalement à programmer, charges de copropriété anormalement élevées, procédure en cours, nuisance durable ou emplacement mal desservi. Dans ce cas, le sujet n’est pas d’attendre une baisse générale : il faut soit négocier une décote documentée, soit écarter le bien.

Acheter maintenant ou patienter : l’arbitrage réel

Acheter maintenant

Adapté si le bien répond durablement au besoin
  • Bien rare, emplacement et plan difficiles à retrouver
  • Mensualité compatible avec une marge de sécurité
  • Prix négocié à partir de comparables vérifiables
  • Horizon de détention suffisamment long
  • Dossier de copropriété et travaux maîtrisés

Attendre quelques mois

Adapté si le report a une utilité concrète
  • Apport ou stabilité professionnelle à consolider
  • Offre locale abondante et vendeurs peu pressés
  • Budget encore sensible à une faible hausse de taux
  • Projet de mobilité ou besoins familiaux incertains
  • Biens visités surévalués ou trop coûteux à rénover

Comment savoir si un bien est réellement négociable ?

La négociation ne se résume pas à appliquer un pourcentage de rabais. Elle repose sur des éléments opposables ou vérifiables. Comparez le bien à des transactions proches en localisation, surface, époque de construction, étage, extérieur, état et DPE. Un prix au mètre carré moyen n’est qu’un point de départ : une terrasse, un ascenseur, une vue, un mauvais plan ou une rue bruyante modifient profondément la valeur.

Demandez les diagnostics, les trois derniers procès-verbaux d’assemblée générale, le montant des charges, le carnet d’entretien, l’état des impayés de copropriété et les informations sur les travaux votés ou envisagés. Pour une maison, chiffrez les postes techniques avec des professionnels : isolation, menuiseries, chauffage, assainissement, humidité, couverture. Une offre inférieure est d’autant plus recevable qu’elle est motivée et que votre plan de financement est crédible.

  1. Ancienneté de l’annonce et nombre de baisses de prix déjà réalisées.
  2. Motif de vente, délai souhaité et existence d’une chaîne d’achat du vendeur.
  3. Écarts précis avec trois à cinq biens comparables vendus ou proposés.
  4. Montant des travaux et des appels de fonds prévisibles dans la copropriété.
  5. Qualité de votre dossier : apport, accord de principe, délai de signature réaliste.

Le DPE peut-il faire baisser davantage le prix d’un logement ?

Oui, car l’étiquette énergétique affecte les travaux à prévoir, les charges d’usage, la liquidité à la revente et, pour un bailleur, la possibilité de louer. En métropole, les logements classés G ne peuvent plus être mis en location depuis le 1er janvier 2025 ; l’interdiction doit ensuite concerner les logements F en 2028 puis E en 2034, sous réserve des règles applicables à la date de lecture et de leurs éventuelles évolutions. Ces échéances créent une différence de valeur entre deux biens autrement comparables.

Mais un DPE dégradé n’autorise pas une décote automatique. Le diagnostic peut être contestable, les travaux peuvent être simples ou au contraire bloqués par la structure et la copropriété. Analysez le scénario de rénovation proposé, la ventilation, le chauffage, l’isolation des parois et les autorisations nécessaires. Dans un immeuble collectif, l’amélioration de l’enveloppe dépend souvent d’un vote d’assemblée générale : vous ne maîtrisez ni seul le calendrier ni la quote-part finale.

Quelle méthode suivre pour décider sans parier sur le marché ?

La méthode consiste à transformer une intuition de marché en décision chiffrée. Définissez d’abord votre besoin non négociable : durée d’occupation, localisation, surface, transports, école, télétravail, accessibilité et éventuelle mise en location future. Fixez ensuite un prix d’achat maximum qui inclut tous les frais. Dans l’ancien, les frais d’acquisition représentent généralement de l’ordre de 7 % à 8 % du prix, hors frais de financement ; dans le neuf, ils sont habituellement plus faibles. Les règles et taux applicables doivent être confirmés avec le notaire.

Une décision en cinq étapes

  1. Fixez votre mensualité de confort

    Conservez une marge après le crédit, l’assurance, les charges, la taxe foncière, l’entretien et une épargne de précaution.

  2. Obtenez des financements comparables

    Faites chiffrer au moins deux scénarios sur la même durée, avec TAEG, assurance et garantie, avant toute offre.

  3. Évaluez le bien à partir de comparables

    Constituez une grille sur l’emplacement, l’état, le DPE, les charges et les travaux, plutôt que de suivre un indice national.

  4. Chiffrez les défauts et les travaux

    Intégrez des devis, les travaux de copropriété votés ou probables et une réserve pour imprévus.

  5. Donnez une échéance à l’attente

    Si vous patientez, fixez une date de révision et des critères d’achat précis ; sans cela, l’attente peut devenir indéfinie.

Faut-il acheter pour sa résidence principale ou investir avec la même logique ?

Non. Pour une résidence principale, le confort d’usage, la stabilité et le temps d’occupation peuvent justifier l’achat d’un bien correctement valorisé, même si les prix poursuivent temporairement leur ajustement. Revendre très vite est en revanche risqué : les frais d’acquisition, le coût du crédit et l’incertitude sur la valeur de revente pénalisent les horizons courts.

En investissement locatif, la discipline doit être plus stricte. La baisse éventuelle de la valeur ne remplace pas un rendement. Calculez le loyer réaliste, la vacance, les charges non récupérables, la taxe foncière, l’assurance, les travaux, la fiscalité et le financement. Vérifiez l’encadrement des loyers quand il s’applique, la décence énergétique et la demande locative de quartier. Un prix en recul est une opportunité seulement si le rendement net de risque reste cohérent après tous ces postes.

Attendre le point bas est un pari ; acheter un bien dont le prix, les travaux et le financement sont documentés est une décision.

La rédaction d'Immobilier.fm

Questions fréquentes

Les prix de l’immobilier vont-ils encore baisser ?
Ils peuvent encore baisser dans certains secteurs ou pour certains biens, notamment ceux qui cumulent défauts, travaux lourds ou mauvaise performance énergétique. Mais une évolution nationale ne préjuge pas de votre quartier. Suivez les ventes comparables, le stock d’annonces et la négociation locale plutôt que de chercher un point bas général impossible à dater précisément.
Est-ce mieux d’attendre une baisse des taux avant d’acheter ?
Pas nécessairement. Une baisse des taux améliore la capacité d’emprunt, mais elle peut aussi ramener davantage d’acheteurs et réduire les marges de négociation sur les biens recherchés. Faites chiffrer votre projet au taux disponible aujourd’hui, puis testez plusieurs scénarios. N’achetez que si la mensualité reste supportable sans dépendre d’une future renégociation.
Combien peut-on négocier un bien immobilier en période de baisse ?
Il n’existe pas de pourcentage universel. La marge dépend de l’écart entre le prix demandé et les références locales, de l’ancienneté de l’annonce, de l’urgence du vendeur, du nombre de visites et des défauts du bien. Une offre crédible s’appuie sur des comparables et sur un chiffrage des travaux, pas sur une baisse moyenne annoncée dans les médias.
Acheter maintenant est-il risqué si les prix continuent de baisser ?
Le risque dépend surtout de votre horizon. Si vous devez revendre dans quelques années, une baisse de valeur peut s’ajouter aux frais d’acquisition et au coût du crédit. Si vous conservez longtemps une résidence principale adaptée à vos besoins, avec un financement soutenable et un prix négocié, une variation de court terme pèse généralement moins dans la décision.
Comment calculer si attendre un an est rentable ?
Comparez le rabais de prix espéré au coût du report : loyers versés pendant douze mois, évolution de votre apport, mensualité selon plusieurs taux, assurance, frais et éventuelle hausse du coût des travaux. Simulez au moins trois scénarios — favorable, central et défavorable — et retenez celui qui reste compatible avec votre budget sans hypothèse trop optimiste.

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