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Le décret d application de l’encadrement des loyers entre en vigueur

Entré en vigueur le 1er août 2012, le décret d’encadrement des loyers a limité, pendant un an et dans les zones tendues, les hausses lors d’une relocation ou d’un renouvellement de bail.

Bailleur et locataire examinent un bail et des clés dans un appartement urbain proposé à la location.
Bailleur et locataire examinent un bail et des clés dans un appartement urbain proposé à la location.

Depuis le 1er août 2012, un propriétaire ne peut plus augmenter librement le loyer d’un logement entre le départ d’un locataire et l’arrivée du suivant dans les agglomérations dites tendues visées par le décret. Le principe est simple : à la relocation, le nouveau loyer ne doit pas dépasser le dernier loyer acquitté par l’ancien locataire, après une révision limitée à l’évolution de l’indice de référence des loyers, ou IRL.

Le texte ne crée toutefois pas un plafond national exprimé en euros par mètre carré. Il s’agit d’un encadrement de la hausse : le loyer précédent devient le point de départ du nouveau contrat. Cette distinction est essentielle, car deux logements comparables peuvent donc continuer à être loués à des niveaux très différents selon leur historique locatif.

Le décret prévoit des dérogations encadrées, notamment lorsqu’un logement a fait l’objet de travaux d’amélioration conséquents ou lorsque le dernier loyer est manifestement sous-évalué. Locataires comme bailleurs ont intérêt à conserver bail antérieur, quittances, état des lieux et justificatifs de travaux : ce sont les pièces qui permettent de contrôler la hausse.

Que change concrètement le décret à la signature d’un nouveau bail ?

Avant ce dispositif, un propriétaire pouvait généralement fixer plus librement le loyer demandé à un nouveau locataire lorsque le logement se libérait. Le décret referme cette possibilité dans les zones concernées. Le bailleur doit désormais repartir du loyer appliqué au précédent occupant et ne peut y ajouter, en principe, que la variation de l’IRL intervenue depuis la dernière révision.

La règle concerne le loyer hors charges. Les provisions pour charges récupérables, ou leur régularisation, obéissent à un régime distinct : elles doivent correspondre aux dépenses récupérables effectivement supportées par le bailleur. Une hausse artificielle des charges ne permet donc pas de contourner la limitation du loyer principal.

Quels logements et quels territoires sont concernés ?

Le dispositif vise le parc locatif privé situé dans les communes listées par le décret, appartenant à de grandes agglomérations caractérisées par un déséquilibre entre l’offre et la demande de logements. Cette zone couvre notamment l’agglomération parisienne ainsi que plusieurs grandes métropoles et territoires littoraux ou frontaliers où la tension locative est forte.

Le critère déterminant est l’adresse du logement, non celle du bailleur ou du locataire. Il faut donc vérifier si la commune figure dans le périmètre réglementaire applicable à la date de signature. Les logements soumis à un régime spécifique, certains logements conventionnés ou les locations relevant de règles particulières peuvent appeler une analyse distincte. Le bail et le statut exact du logement restent déterminants.

Le mécanisme applicable en 2012 selon la situation locative
SituationRègle de principeHausse possibleJustificatifs utiles
Nouveau locataireDernier loyer + évolution de l’IRLOui, dans la limite de l’IRLAncien bail, quittances, indice retenu
Relocation après travauxDernier loyer + mécanisme travauxOui, sous conditions et plafondFactures TTC, preuve des travaux
Loyer antérieur sous-évaluéRéévaluation partielleOui, à partir de références comparablesRéférences de loyers comparables
Renouvellement du bailPas de hausse libreSeulement si loyer sous-évaluéProposition formelle et références

Comment calculer le loyer maximal lors d’une relocation ?

Le calcul part du dernier loyer hors charges payé par l’ancien locataire. Ce montant peut être actualisé selon la variation de l’IRL entre l’indice de référence prévu au bail précédent et l’indice utilisable pour la nouvelle location. L’IRL est publié trimestriellement par l’Insee ; l’indice et la période de comparaison doivent être vérifiés dans le contrat et à la date du calcul.

À titre d’exemple, si le dernier loyer hors charges était de 800 € et que la variation d’IRL applicable ressort à 2 %, le loyer de base après indexation atteint 816 €. En l’absence de dérogation justifiée, le bailleur ne peut pas fixer un loyer de 900 € au seul motif que le marché local le permettrait. Les charges récupérables ne doivent pas être intégrées dans cette base.

Dans quels cas le bailleur peut-il dépasser le dernier loyer révisé ?

Le décret ouvre deux voies principales de majoration. Elles ne constituent pas un droit automatique : le bailleur doit satisfaire aux conditions posées et être capable de les documenter. La première concerne des travaux d’amélioration ; la seconde vise le logement dont le dernier loyer est manifestement sous-évalué par rapport aux pratiques du voisinage.

Des travaux d’amélioration réellement qualifiés et justifiés

Les simples réparations, la remise en peinture entre deux occupants ou les dépenses d’entretien courant ne suffisent pas. Les travaux doivent relever de l’amélioration et atteindre le seuil exigé par le texte, soit un coût au moins égal à la moitié de la dernière année de loyer. Lorsque les conditions sont remplies, la majoration annuelle ne peut excéder 15 % du coût réel TTC des travaux.

Ainsi, pour 10 000 € TTC de travaux éligibles, le supplément annuel maximal ressort à 1 500 €, soit 125 € par mois. Mais ce calcul n’exonère pas le bailleur de démontrer la nature des travaux, leur date, leur coût et le respect du seuil. Les factures détaillées et acquittées sont indispensables ; un devis ou une facture globale imprécise fragilise la demande.

Un loyer manifestement sous-évalué par rapport au voisinage

Le bailleur peut aussi soutenir que le loyer précédent était anormalement bas. Il doit alors s’appuyer sur des références de logements comparables : même secteur géographique, type de bien, époque de construction, équipements, surface et niveau de confort doivent être suffisamment proches. La hausse est plafonnée à la moitié de l’écart entre le dernier loyer et le niveau de référence établi. Ce mécanisme évite un rattrapage intégral en une seule relocation.

Que se passe-t-il au renouvellement du bail en cours ?

Le renouvellement n’autorise pas davantage une hausse discrétionnaire. Dans le périmètre du décret, une réévaluation du loyer à cette occasion n’est possible que si le loyer est manifestement sous-évalué. La procédure prévue par la loi du 6 juillet 1989 demeure applicable : le bailleur doit adresser une proposition motivée suffisamment avant l’échéance du contrat et l’étayer par des références de loyers comparables.

Le locataire peut accepter, négocier ou contester cette proposition. En cas de désaccord, la commission départementale de conciliation peut être saisie avant une éventuelle action devant le juge compétent. La hausse acceptée ou fixée ne s’applique pas nécessairement intégralement dès la première année : son étalement dépend du montant de l’augmentation et des règles applicables au bail. Les délais et voies de recours doivent être vérifiés dans la version de la loi alors en vigueur.

Comment vérifier ou contester une hausse de loyer ?

  1. Rassembler l’historique du logement

    Conservez le bail antérieur, les quittances, l’avis de révision et, si possible, la date de départ du précédent locataire. Ils servent à établir le dernier loyer hors charges.

  2. Vérifier l’adresse et le type de bail

    Contrôlez que le logement entrait bien dans une commune concernée et identifiez le régime juridique du contrat : résidence principale, location vide ou meublée, logement conventionné ou non.

  3. Recalculer la révision IRL

    Comparez les indices prévus au contrat et appliquez la formule de révision. Isolez toujours le loyer hors charges du montant des provisions.

  4. Examiner une éventuelle dérogation

    Demandez les factures de travaux ou les références comparables invoquées. Vérifiez le seuil des travaux, leur qualification et le plafond de majoration.

  5. Chercher un règlement du litige

    Adressez une demande écrite et chiffrée au bailleur ou à son mandataire. En cas de blocage, la commission départementale de conciliation est un premier interlocuteur avant le juge.

Le décret de 2012 est-il le même que l’encadrement des loyers actuel ?

Non. Le décret entré en vigueur en 2012 était un dispositif temporaire, initialement applicable jusqu’au 31 juillet 2013, puis repris sous des textes annuels avant d’être remplacé dans le débat public par d’autres mécanismes. Son objectif était de freiner les hausses entre deux locataires en prenant le précédent loyer pour référence.

L’encadrement aujourd’hui mis en œuvre dans certaines villes, sur le fondement du cadre instauré par la loi ELAN, fonctionne différemment. Le préfet y fixe un loyer de référence, un loyer de référence majoré et un loyer de référence minoré par secteur et catégorie de logement. Le loyer de base ne peut en principe dépasser le loyer de référence majoré, hors charges, sous réserve notamment du régime strict du complément de loyer. Son existence et ses modalités doivent être vérifiées localement à la date de lecture.

Décret de 2012 et encadrement par loyers de référence : deux logiques distinctes

Décret de 2012

Un frein à la hausse entre deux baux
  • Référence : dernier loyer du logement
  • Hausse limitée par l’IRL, sauf exceptions
  • Pas de plafond uniforme au m²
  • Dispositif temporaire, désormais expiré

Dispositif local actuel

Un plafond fondé sur le marché de référence
  • Référence : barème préfectoral local
  • Plafond : loyer de référence majoré
  • Montants exprimés au m² selon la catégorie
  • Applicable seulement dans les territoires qui l’ont adopté

Questions fréquentes

Le décret de 2012 a-t-il bloqué tous les loyers en France ?
Non. Il ne s’appliquait pas à l’ensemble du territoire, mais aux communes incluses dans les agglomérations tendues désignées par le texte. Surtout, il ne gelait pas tous les loyers : il limitait principalement les hausses lors de la relocation et du renouvellement, à partir du loyer précédent.
Un propriétaire pouvait-il augmenter le loyer après des travaux ?
Oui, mais pas pour n’importe quelle dépense. Les travaux devaient être des travaux d’amélioration, atteindre le seuil prévu par le décret et être justifiés. La hausse annuelle était plafonnée à 15 % de leur coût réel TTC. L’entretien courant et les réparations locatives ne constituaient pas un motif suffisant.
Comment savoir si un ancien loyer était manifestement sous-évalué ?
Il fallait comparer le logement avec des biens réellement comparables dans le même secteur : surface, type, ancienneté, équipements et niveau de confort. Le bailleur devait produire des références de loyers. Même en cas de sous-évaluation démontrée, le décret ne permettait pas un rattrapage total immédiat du loyer.
Le loyer peut-il être augmenté plus que l’IRL entre deux locataires ?
Dans le cadre du décret de 2012, oui seulement en présence d’une dérogation valable, liée à des travaux d’amélioration éligibles ou à un loyer manifestement sous-évalué. Sans justificatif, la hausse devait rester dans la limite de l’évolution de l’IRL appliquée au dernier loyer hors charges.
Ce décret s’applique-t-il encore aux baux signés aujourd’hui ?
Non. Le décret de 2012 était temporaire et a expiré. Les baux actuels relèvent des règles en vigueur à leur date de signature. Dans certaines villes, un encadrement local fondé sur des loyers de référence peut s’appliquer, mais il s’agit d’un mécanisme différent qu’il faut vérifier auprès des autorités locales.

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