Le réseau .fm
Immobilier.fm La fréquence
de l'immobilier
Prix de l'immobilier

Immobilier : Ces régions où les étrangers font grimper les prix de l’ultra-luxe sont-elles en train de voler le rêve des locaux ?

Dans les marchés les plus rares, les acheteurs étrangers peuvent tirer les prix de l’ultra-luxe vers le haut, mais ils n’expliquent pas seuls l’éviction des habitants : pénurie d’offre, résidences secondaires et règles d’urbanisme pèsent tout autant.

Villas sur les hauteurs d’une ville littorale française et immeubles d’habitation occupés à l’année au premier plan.
Villas sur les hauteurs d’une ville littorale française et immeubles d’habitation occupés à l’année au premier plan.

Dans une station alpine, un quartier de la Côte d’Azur ou une commune littorale, une vente très haut de gamme peut devenir un prix de référence pour tout le voisinage. Quand l’acquéreur dispose de revenus ou d’un patrimoine exprimés dans une autre devise, et recherche avant tout la rareté, il est moins sensible aux prix locaux. Les ménages qui vivent et travaillent sur place le sont, eux, directement : leur capacité d’achat dépend de salaires, d’un apport et d’un crédit immobilier français.

Dire que « les étrangers volent le rêve des locaux » simplifie toutefois un mécanisme plus vaste. Les acheteurs non-résidents ne créent ni le manque de terrains constructibles, ni la lenteur des permis, ni la transformation de logements en résidences secondaires ou en meublés de tourisme. Ils peuvent accentuer la pression dans certains segments, surtout l’ultra-luxe, mais la crise d’accessibilité résulte d’abord du décalage entre une offre durablement insuffisante et des usages concurrents du logement.

La bonne échelle d’analyse n’est donc pas la France entière, ni même une région administrative. C’est le quartier, le village ou la station où l’offre est quasi fixe, où les transactions sont peu nombreuses et où quelques biens d’exception peuvent déplacer les repères de prix. Pour les élus comme pour les habitants, l’enjeu est moins la nationalité de l’acheteur que la destination du logement, sa vacance éventuelle et la capacité à maintenir un parc accessible à l’année.

Les acheteurs étrangers font-ils réellement monter tous les prix ?

Non. Leur effet dépend de leur poids réel dans les ventes, du type de bien recherché et de la profondeur du marché. Un acheteur étranger qui acquiert un hôtel particulier, une villa avec vue mer ou un chalet ski aux pieds n’est pas automatiquement en concurrence avec un salarié local cherchant un trois-pièces. Les deux marchés peuvent longtemps coexister sans se toucher directement.

La contagion devient plausible lorsque le segment haut de gamme absorbe aussi les logements de taille et de localisation recherchées par les résidents : appartements de centre-ville, maisons proches des écoles, logements anciens dans les villages, petites surfaces bien situées. Les vendeurs et agents comparent alors les biens à des références valorisées par une clientèle internationale. La hausse des prix du prestige relève mécaniquement le niveau d’aspiration des vendeurs, même si les caractéristiques ne sont pas strictement comparables.

Il faut aussi distinguer causalité et visibilité. Une vente record est très visible ; des dizaines de locations à l’année devenues impossibles, ou des logements laissés inoccupés une grande partie de l’année, le sont moins. Or ce sont ces phénomènes qui affectent immédiatement la capacité des actifs, des jeunes ménages et des travailleurs saisonniers à habiter près de leur emploi.

Quels territoires sont les plus exposés à la pression de l’ultra-luxe ?

Les zones les plus sensibles combinent une notoriété internationale, un stock immobilier limité et des aménités impossibles à reproduire : front de mer, vue dégagée, accès direct aux pistes, centre historique ou proximité d’une grande métropole. La Côte d’Azur, certains secteurs de Paris, les stations des Alpes, le littoral basque et provençal figurent naturellement parmi les marchés où une clientèle fortunée, française comme internationale, peut se concentrer.

L’origine de la demande ne suffit pas à caractériser le phénomène. Une résidence secondaire achetée par un ménage français très aisé peut réduire l’offre annuelle de la même manière qu’un achat réalisé par un non-résident. À l’inverse, un ressortissant étranger installé en France qui achète sa résidence principale participe à la vie locale et aux services de proximité. Le critère le plus utile pour l’action publique est donc souvent l’usage résidentiel effectif, non le passeport.

Pourquoi certains micro-marchés deviennent difficiles d’accès
Configuration localeMécanisme de hausseEffet pour les habitantsRéponse prioritaire
Station de montagneChalets rares, clientèle mondialeSalariés saisonniers éloignésLogements à l’année, BRS
Littoral très contraintVue mer et foncier limitéMaisons transformées en pieds-à-terreRésidences secondaires, PLU
Centre historique touristiqueMeublés de courte durée rentablesBaisse du parc locatif classiqueRégulation des meublés
Quartier métropolitain haut de gammeDemande patrimoniale concentréeRéférences de vente élevéesProduction abordable, location
Village recherché proche d’un bassin d’emploiOffre faible et maisons raresPrimo-accédants exclusFoncier et accession encadrée

Comment l’ultra-luxe finit-il par peser sur le logement des habitants ?

Le premier canal est la rareté. Dans un territoire où l’on ne peut presque plus construire — relief, littoral, protection environnementale, bâti ancien, règles du plan local d’urbanisme — chaque logement arbitré vers la résidence secondaire ou le tourisme sort potentiellement du parc disponible à l’année. L’impact est particulièrement dur pour les employés du commerce, de la santé, de l’hôtellerie-restauration, de l’éducation ou des collectivités, indispensables au fonctionnement local.

Le deuxième canal est le foncier. Des prix de sortie très élevés rendent plus difficile le montage d’opérations de logement abordable : le coût du terrain, les attentes des propriétaires et le niveau des transactions voisines augmentent. Le promoteur peut privilégier le produit le plus rentable ; la commune doit alors mobiliser plus de foncier, de subventions ou de règles d’urbanisme pour obtenir du logement social, intermédiaire ou en accession maîtrisée.

Le troisième est commercial et social. Quand une rue compte davantage de logements occupés seulement en vacances, les commerces de proximité subissent une activité irrégulière et les services publics doivent fonctionner avec une population fluctuante. Ce n’est pas un procès fait aux propriétaires de résidences secondaires : c’est un déséquilibre d’usage qui impose une stratégie locale adaptée.

Nationalité ou usage : quel critère permet d’agir utilement ?

Cibler la nationalité

Une réponse juridiquement fragile et peu précise
  • Ne distingue pas résident étranger et non-résident
  • Ignore la pression des résidences secondaires françaises
  • Peut se heurter aux principes européens de circulation des capitaux
  • Ne crée aucun logement à l’année

Cibler l’usage du logement

Une approche territoriale plus opérationnelle
  • Vise vacance, meublés touristiques et résidences secondaires
  • S’applique à tous les propriétaires selon des règles identiques
  • Préserve ou recrée une offre pour les actifs locaux
  • Doit rester proportionnée et légalement encadrée

Un étranger peut-il acheter librement un logement en France ?

En principe, oui. La France ne réserve pas l’acquisition immobilière aux nationaux ou aux résidents. Un non-résident peut acheter un appartement, une maison ou un bien locatif, sous réserve des règles ordinaires de droit des contrats, d’urbanisme, de copropriété et de fiscalité. Posséder un bien ne donne en revanche ni droit automatique au séjour ni titre de séjour : achat immobilier et droit des étrangers sont deux sujets distincts.

L’acquisition passe normalement par un notaire. Celui-ci vérifie l’identité des parties, l’origine des fonds et les obligations de lutte contre le blanchiment de capitaux. Pour un acheteur financé par crédit, la banque apprécie ses revenus, sa résidence fiscale, ses garanties et le risque de change. Les conditions de financement peuvent être plus exigeantes pour un non-résident, sans que cela constitue une interdiction.

À l’achat dans l’ancien, les frais d’acquisition — improprement appelés « frais de notaire » — sont généralement de l’ordre de 7 à 8 % du prix, principalement au titre des droits et taxes, auxquels s’ajoutent les émoluments et débours. Dans le neuf, ils sont souvent plus faibles, de l’ordre de 2 à 3 %. Ces ordres de grandeur, comme les taux de droits de mutation, doivent être vérifiés à la date de l’opération et selon le département.

Quels leviers les communes ont-elles pour préserver le logement à l’année ?

Les collectivités ne peuvent pas fixer le prix de revente d’un bien privé ordinaire. Elles disposent toutefois d’un ensemble de leviers qui, combinés, modifient l’équilibre entre usage touristique, résidence secondaire et habitat permanent. Leur efficacité dépend du diagnostic local, de la solidité juridique de la délibération et des moyens de contrôle. Un outil isolé produit rarement un résultat suffisant.

Dans les communes concernées, la taxe d’habitation sur les résidences secondaires peut être majorée dans les limites prévues par la loi ; le plafond applicable et les conditions doivent être vérifiés à la date de lecture. Certaines communes peuvent également agir contre les logements durablement vacants. Ces taxes ne font pas baisser mécaniquement les prix, mais elles renchérissent la conservation d’un logement peu occupé et peuvent financer une politique locale de l’habitat.

La régulation des meublés de tourisme est un levier plus direct dans les zones de forte tension : numéro d’enregistrement, autorisation ou changement d’usage selon le régime local, contrôle des locations et sanctions en cas de manquement. Les règles ont évolué ces dernières années et varient selon les communes. Un propriétaire doit impérativement consulter la mairie, le règlement de copropriété et les textes en vigueur avant toute mise en location de courte durée.

Le droit de préemption urbain permet aussi à une commune, dans un périmètre défini, de se substituer à l’acquéreur lors d’une vente afin de réaliser une opération d’intérêt général. Il ne peut pas être utilisé pour écarter arbitrairement un acheteur étranger ni pour préempter sans projet réel. Bien ciblé, il peut aider à constituer des réserves foncières, créer du logement social ou installer des équipements publics.

Quelles solutions recréent vraiment une accession pour les locaux ?

La réponse la plus robuste est de produire des logements durablement abordables. Le bail réel solidaire (BRS), porté par un organisme de foncier solidaire, dissocie le terrain du bâti : le ménage achète les murs à un prix inférieur à celui du marché et verse une redevance foncière. En contrepartie, les conditions de ressources, d’occupation en résidence principale et de revente sont encadrées. Le logement reste ainsi accessible à des ménages successifs, au lieu de rejoindre le marché spéculatif.

Les communes peuvent aussi mobiliser leur foncier, imposer des servitudes de mixité sociale dans leur PLU, négocier une part de logements abordables dans les opérations et soutenir le logement des travailleurs saisonniers. Dans les secteurs où l’encadrement des loyers est applicable, il protège davantage les locataires contre certains excès, mais ne remplace pas la construction : son périmètre et ses modalités dépendent d’une décision locale et de textes à vérifier.

La méthode pour traiter une flambée locale sans se tromper de cible

  1. Mesurer les usages

    Cartographier résidences principales, secondaires, vacance, meublés touristiques, prix et logements des travailleurs.

  2. Isoler le bon périmètre

    Distinguer le front de mer, le centre, les hameaux et les quartiers accessibles : un diagnostic communal moyen masque souvent les tensions.

  3. Choisir des outils proportionnés

    Réguler les meublés là où ils captent le parc, mobiliser le foncier là où l’offre manque et taxer la sous-occupation lorsque la loi le permet.

  4. Créer une offre pérenne

    Programmer BRS, locatif social, intermédiaire et logements saisonniers près des emplois et des transports.

  5. Contrôler et publier un bilan

    Vérifier les autorisations, sanctionner les manquements et suivre chaque année l’effet des mesures sur les logements à l’année.

Comment savoir si votre territoire subit une pression internationale ou une pénurie générale ?

Commencez par comparer plusieurs indicateurs sur plusieurs années : évolution des prix de vente, nombre de transactions, part de résidences secondaires, vacance, niveau des loyers à l’année, nombre de meublés de tourisme et production de logements. Une flambée généralisée avec peu de construction peut révéler une pénurie structurelle, même sans clientèle internationale importante. À l’inverse, des écarts très marqués sur les biens avec vue, terrasse, cachet ou emplacement exceptionnel suggèrent une segmentation par le luxe.

Pour un ménage, l’enjeu pratique est de ne pas calquer son projet sur les annonces les plus prestigieuses. Il faut raisonner sur les ventes comparables, le coût total de détention, le montant de la taxe foncière, les travaux et la liquidité future du bien. Pour une commune, le bon indicateur n’est pas seulement le prix moyen : c’est le nombre de logements réellement disponibles pour ceux qui font vivre le territoire à l’année.

Le marché de l’ultra-luxe devient un problème collectif lorsqu’il cesse d’être un segment isolé et réduit concrètement la possibilité d’habiter, de travailler et de se loger à l’année sur place.

La rédaction d'Immobilier.fm

Questions fréquentes

Les étrangers ont-ils le droit d’acheter une maison en France ?
Oui, la France n’impose pas d’interdiction générale d’achat immobilier fondée sur la nationalité ou la résidence. L’acquéreur doit respecter les règles ordinaires, signer chez un notaire et justifier l’origine des fonds. Acheter un logement ne donne pas automatiquement un droit au séjour. Le financement bancaire, la fiscalité et les formalités peuvent être plus complexes pour un non-résident.
Pourquoi les maisons sont-elles si chères dans les stations et sur le littoral ?
La clientèle internationale peut jouer un rôle dans les biens les plus rares, mais elle n’explique pas tout. Ces secteurs cumulent souvent foncier limité, contraintes de construction, résidences secondaires, locations touristiques et forte demande de ménages français aisés. La difficulté locale vient surtout de l’insuffisance de logements occupés à l’année face aux besoins des actifs.
Une mairie peut-elle empêcher les étrangers d’acheter dans sa commune ?
Une mairie ne peut pas, en principe, interdire librement l’achat à des étrangers. Elle peut en revanche agir sur l’usage des biens et l’offre locale : régulation des meublés touristiques selon les règles applicables, majoration possible de taxe sur les résidences secondaires, urbanisme, préemption pour un projet d’intérêt général et création de logements abordables.
Qu’est-ce que le bail réel solidaire pour les habitants locaux ?
Le bail réel solidaire permet d’acheter un logement en dissociant le bâti du terrain, détenu par un organisme de foncier solidaire. Le prix d’achat est réduit, mais le logement doit être occupé en résidence principale et sa revente est encadrée. Il est soumis à des plafonds de ressources et à des conditions locales. C’est un outil conçu pour maintenir l’accession abordable dans la durée.
La taxe sur les résidences secondaires peut-elle faire baisser les prix ?
Elle ne fait pas mécaniquement baisser les prix. Lorsqu’une commune est autorisée à la majorer, elle augmente le coût annuel de détention d’un logement peu occupé et peut inciter certains propriétaires à louer ou à vendre. Son effet dépend du niveau de la majoration, du marché local et du contrôle. Les règles et plafonds doivent être vérifiés auprès de la commune et de l’administration fiscale.

À lire ensuite

Prix de l'immobilier
L'infolettre

Le marché immobilier, décrypté chaque semaine

Une sélection courte : ce qui bouge sur les prix et les taux, les échéances réglementaires à ne pas manquer, et l'analyse qui vaut le détour.

Gratuit, un envoi par semaine, désinscription en un clic. Votre adresse ne sert qu'à cet envoi.