Un commerçant découvre, en fin d’exercice, que son bailleur lui refacture une part des grosses réparations de toiture de l’immeuble qu’il occupe. Cette pratique, longtemps courante avant 2014, n’est plus systématiquement possible : la loi Pinel a introduit une liste précise de charges que le bailleur ne peut plus, en aucun cas, mettre à la charge du locataire d’un bail commercial, quelle que soit la rédaction du contrat signé.
Une liste d’exclusions fixée par décret, pas négociable
Avant 2014, la répartition des charges entre bailleur et locataire relevait presque entièrement de la négociation contractuelle, ce qui conduisait certains bailleurs à refacturer des postes normalement liés à la propriété elle-même. Un décret d’application de la loi Pinel a mis fin à cette liberté totale, en dressant une liste de charges exclues de toute récupération, quelle que soit la clause du bail. Cette liste s’impose impérativement : une clause contraire, même acceptée par les deux parties, est réputée non écrite et ne peut donc jamais être opposée au locataire, y compris rétroactivement sur des charges déjà facturées.
| Poste exclu | Ce qu’il recouvre |
|---|---|
| Grosses réparations de l’article 606 du code civil | Gros œuvre, structure, toiture, murs porteurs, relevant de la propriété elle-même |
| Honoraires de gestion locative du bailleur | Rémunération versée par le bailleur pour la gestion de ses loyers et de son patrimoine |
| Impôts liés à la propriété du bien | Notamment les impositions dont le fait générateur est la détention du bien, non son exploitation |
| Vétusté et mise aux normes hors obsolescence du locataire | Travaux nécessaires par le seul écoulement du temps, sans rapport avec l’usage du locataire |
L’inventaire des charges : une annexe obligatoire au bail
Au-delà de cette liste d’exclusions, la loi impose au bailleur de joindre au bail un inventaire précis de l’ensemble des charges, impôts, taxes et redevances qu’il entend répercuter sur le locataire, avec leur répartition détaillée entre les différents locaux d’un même ensemble immobilier, un immeuble de bureaux ou un centre commercial abritant plusieurs preneurs, par exemple. Cette exigence évite qu’un locataire découvre, en cours de bail, des postes de charges jamais annoncés au moment de la signature, et permet de vérifier que la clé de répartition retenue reste cohérente avec la surface ou l’usage réel de chaque local concerné.
Que faire face à une charge refacturée à tort ?
Un locataire qui identifie une charge exclue par le décret, malgré une clause du bail qui prétendrait l’y soumettre, peut en contester le paiement en s’appuyant directement sur le caractère impératif de la liste légale, sans avoir à démontrer un préjudice particulier, la clause étant nulle de plein droit. Cette démarche rejoint, dans sa logique, celle qui permet de contester une régularisation de charges locatives irrégulière dans un bail d’habitation : dans les deux régimes, résidentiel et commercial, seules les charges effectivement dues et correctement justifiées peuvent être répercutées sur le locataire, jamais une charge exclue par principe ou insuffisamment documentée.
Le cas particulier des centres commerciaux et ensembles multi-locataires
Dans un centre commercial ou un immeuble de bureaux abritant plusieurs preneurs, la répartition des charges communes obéit à une logique supplémentaire : chaque locataire doit pouvoir vérifier que la clé de répartition retenue, le plus souvent proportionnelle à la surface occupée, reflète correctement sa part réelle de consommation ou d’usage des équipements communs. Un désaccord fréquent porte sur les charges liées à des espaces ou services dont un locataire ne bénéficie pas réellement, par exemple un système de climatisation centralisée qui ne dessert pas son local, mais qui figure malgré tout dans la clé de répartition générale de l’ensemble immobilier. Cette situation justifie de demander, avant signature, le détail exact des équipements couverts par chaque poste de charge, plutôt que de se fier à un pourcentage global peu détaillé.
Pourquoi vérifier l’inventaire avant de signer
L’essentiel des litiges sur les charges commerciales naît d’un inventaire mal lu ou trop rapidement accepté au moment de la négociation du bail, alors que cette annexe conditionne directement le coût réel d’occupation du local sur toute la durée du contrat. Un porteur de projet qui compare plusieurs locaux commerciaux a tout intérêt à intégrer le montant prévisionnel des charges refacturables dans son calcul de rentabilité, au même titre que le loyer principal, un local au loyer apparemment attractif peut se révéler bien plus coûteux qu’un autre une fois l’ensemble des charges annexées correctement chiffré et comparé.
Cette même vigilance vaut à la sortie du local, au moment de faire le bilan des charges effectivement payées sur l’ensemble de la durée du bail : un état récapitulatif final, comparé aux inventaires annuels reçus, permet de détecter une éventuelle dérive progressive, poste par poste, qu’un simple contrôle annuel isolé n’aurait pas nécessairement révélée. Les exploitants qui gèrent plusieurs locaux dans des ensembles différents ont d’ailleurs intérêt à conserver ces documents sur toute la durée de leurs baux respectifs, au-delà de la seule obligation de conservation comptable, pour pouvoir comparer d’un site à l’autre la cohérence des charges réellement facturées.
Questions fréquentes
La liste des charges exclues s’applique-t-elle à tous les baux commerciaux, y compris ceux signés avant 2014 ?
Le locataire peut-il refuser de payer une charge qu’il conteste, sans attendre une décision de justice ?
L’entretien courant du local reste-t-il à la charge du locataire ?
Que se passe-t-il si le bail ne comporte aucun inventaire des charges ?
Les charges de copropriété d’un local commercial suivent-elles les mêmes règles ?
À lire ensuite
Immobilier commercialLe marché immobilier, décrypté chaque semaine
Une sélection courte : ce qui bouge sur les prix et les taux, les échéances réglementaires à ne pas manquer, et l'analyse qui vaut le détour.